123. La grammaire des interstices

enseignants : Laurent Machet, Can Onaner
étudiantes : Lucie Palombi, Marion Pinto, Esther Greslin
// 2ème année
Il y a, à Saint-Ouen, des espaces résiduels qui semblent en attente, en suspens. Ces espaces, seuils et entre-deux que les pratiquants tentent de s’approprier par de multiples tactiques témoignent du double jeu entre espace privé et espace public. Les interstices persistent, résistent aux emprises d’un ordre établi. « […] C’est ainsi qu’il prit pour se distraire l’habitude de ramper de long en large sur les murs et sur le plafond. Il aimait particulièrement être en suspension là-haut : c’était toute autre chose que de rester posé sur le plancher ; on respirait plus librement : le corps était parcouru par une légère oscillation ; et dans l’état de distraction presque heureuse où Gregor se trouvait là-haut, il pouvait arriver qu’à sa propre surprise il se lâchât, pour tomber à plat sur le plancher. Cependant, il avait bien sûr une tout autre maîtrise de son corps qu’au début, et même en tombant du plafond il ne se faisait aucun mal. La sœur ne tarda pas à remarquer le nouveau divertissement que Gregor s’était inventé — car en rampant, il laissait par endroits des traces poisseuses. » Franz Kafka, La Métamorphose La somme des équilibres précaires de ces interstices est garante d’un équilibre global précaire propre à ce quartier. Nous avons tenté de programmer l’improgrammable, c’est-à-dire créer une architecture qui anticipe les usages. Libérer la sous-face du périphérique et l’occuper par une grammaire des formes, offrir aux habitants un espace qui soit lui-même un interstice à grande échelle.

In Saint Ouen there are residual spaces that seem to be waiting in suspense. These threshold and gap spaces bear witness to the double use of private and public space as users try to adapt them to their needs. The cracks persist, resist established order.
« […] and so, to entertain himself, he got into the habit of crawling up and down the walls and ceiling. He was especially fond of hanging from the ceiling; it was quite different from lying on the floor; he could breathe more freely; his body had a light swing to it; and up there, relaxed and almost happy, it might happen that he would surprise even himself by letting go of the ceiling and landing on the floor with a crash. But now, of course, he had far better control of his body than before and, even with a fall as great as that, caused himself no damage. Very soon his sister noticed Gregor’s new way of entertaining himself – he had, after all, left traces of the adhesive from his feet as he crawled about – and got it into her head to make it as easy as possible for him by removing the furniture that got in his way, especially the chest of drawers and the desk. »
Franz Kafka, Metamorphosis The fragile equilibrium of these gap spaces guarantees a precarious global balance unique to the neighbourhood. We attempted to programme the unprogrammable by creating an architecture that anticipates uses; to free the underside of the ring road and occupy it with a variety of entities, to offer inhabitants a space that is itself a large-scale gap space.

 

61_analogie_espace_de_restauration_sur_le_trottoir 61_analogie_extension_de_l'habitat 61_Analogie_Incrustations_du_sol 61_Appopriation_du_public_par_le_fleuriste 61_Collage_d'intention 61_Coupe_1