Fragments de mémoire

étudiant : Antoine Souché
enseignant : Kimura Hiroaki

J’allais pour la première fois contempler l ‘Océan Pacifique à travers le prisme des criques Japonaises. Ce territoire creusé par la mer, dessinant le fond d’une scène activée par les machines se chargeant jour après jour de remodeler cette terre à l ‘image d’avant mars 2011. Je motivais Ueno, mon ami japonais pour prendre le large et faire un tour le long des côtes. Pédalant à vitesse variable, on ne faisait qu’une chose, s’immiscer dans les plis et les replis de la limite entre terre et mer. On « zig-zageait » le long des chemins improvisés au rythme des « maisons pour tous » initiées par Toyo Ito. Japon comme terre insulaire, comme espace de distribution, de graduation, de différenciation dessine une courbe fractale qui ne cesse de se réinventer au sein d’elle même. Une courbe dont les points d’inflexions ne feraient que se transformer seconde après seconde au gré des vagues, jour après jour au gré des machines, siècle après siècle au gré des couches telluriques. Dans leurs trajectoires, leur courbure s ‘immisce des espaces qui sont à chaque instant un point de vue différent sur l’étendue horizontale de la surface terrestre. Près de Motoyoshi dans la préfécture de miyagi, on a été confronté à des fragments de mémoire qui ont survécu au tsunami. Deux bâtiments industriels en structure de béton armé poteaux dalle. L’un fut décapité tandis que l’autre trônait encore au bout de la plage flottant au dessus de l’eau. Trois ans auparavant, la plage générait des aménités pour les surfeurs, les pêcheurs, les touristes et les habitants. Je voudrais stimuler le potentiel de ce lieu et révéler son identité. Laisser le sable rentrer à travers le bâtiment et par contraste compacter le 1er plateau pour accueillir des événements variés, puis connecter le deuxième plateau vers le ciel. Ce projet a fortement été pensé dans une attention portée aux matériaux déjà sur place, disponible dans une problématique de réutilisation. Puis de rassembler les habitants pour créer une dynamique de main d’oeuvre autonome et génératrice de liens sociaux. Je pense qu’il y a une réelle possibilité pour les architectes avec une posture neutre de révéler au territoire et aux habitants le potentiel imaginaire d’un lieu.

 

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