075. Un anglais à O(x)leywood

étudiante : Anaïs Maria
enseignant : Gwenaël Delhumeau
// Troisième année

« Et aujourd’hui, nous célébrons Richard Rogers, un humaniste qui nous rappelle que l’architecture est le plus social des arts. » C’est ainsi que le jury du prix Pritzker 2007 accompagna la remise du prix que Rogers reçut, remercié pour sa longue production et contribution à l’architecture. En 2007, ce même Rogers, architecte britannique habitué de la commande publique et des grandes échelles propose Oxley Woods, un logement pré-fabriqué en bois à moins de 60 000 livres sterling, présenté comme la solution à la crise du logement anglais. Plus qu’une réponse unique pour un projet, pour un temps, un lieu, un contexte, Rogers propose avec Oxley Woods un principe, un système, une marque, une gamme – productibles en série — pour des projets, des temps, des lieux et des contextes différents. « Je suis à la recherche d’une architecture qui va exprimer et célébrer la vitesse toujours plus rapide du changement social, technique, politique et économique ; une architecture de permanence et de transformation où la vitalité urbaine et les dynamiques économiques peuvent avoir lieu, reflétant l’évolution et le chevauchement des fonctions ; bâtir comme une forme de contrôle aléatoire qui peut répondre à des situations et des relations complexes ». Cet extrait, issu de son livre « Architecture : a modern View » — qu’il qualifie de « manifeste » dans la préface de sa réédition en 2013 — met en mots une vision et un projet que Rogers nourrit pour la société et l’architecture, l’architecture et la société. Ce livre incarne son optimisme pour un avenir qu’il souhaite « moins lugubre », tel une ode à tous les éléments qui fabriquent la société occidentale de demain ; « Il englobe ce que je considère comme les valeurs fondamentales – et valeurs — de l’architecture.».
Si à l’échelle du livre, « Architecture : a modern view » est la trace écrite d’une pensée, d’un regard sur la société, testé et mis en pratique par Rogers, peut-on imaginer qu’à l’échelle du logement, Oxley Woods soit la trace construite des problématiques sociétales qu’il génère ? Peut-on imaginer qu’Oxley Woods incarne les problématiques d’une société que rêve Rogers ?

[…] Il est étonnant que cette technologie se développe au moment même où les prix du logement atteignent des sommets – notamment en Angleterre — et où finalement cette problématique n’est plus vraiment celle du logement mais celle de la « crise » d’une société de consommation. Alors quand Rogers propose Oxley Woods, tel un remède à la crise, est-il vraiment le même « humaniste » qui, en dernière page de son manifeste, dénonce et s’oppose au système économique de la société occidentale ? « J’avoue mon opposition à notre système actuel d’exploitation économique et ma foi et conviction inébranlable qu’une communauté mondiale dans laquelle l’art et la science seraient mises à profit pour servir le bien commun représenterait la plus belle et instructive réalisation de l’esprit humain. » Les logements d’Oxley Woods incarnent-ils vraiment cet optimisme et cet espoir pour un futur « moins lugubre » de notre société ?

[…] Est-ce le rêve, l’idéalisme et l’espoir qui nous poussent à retourner au cinéma et qui sont à l’origine d’une industrie du profit, ou est-ce la société du profit qui nourrit nos espoirs ? Oxley Woods, c’est un petit morceau de cinéma, c’est une maison plurielle, qui veut raconter une histoire, une histoire pour tous qui parle de chacun. C’est le blockbuster du logement anglais. Finalement, Oxley Woods, c’est aussi un peu Hollywood, on ne sait plus si c’est le produit d’une société ou l’outil pour la produire. En cela, la maison pré-fabriquée de Rogers porte en elle le paradoxe de son époque, à la fois outil et produit, elle pointe du doigt une société aux multiples niveaux de lecture, elle parle d’enjeux et d’avenir, de société et d’individu, elle parle de nos vices et de nos défauts, mais elle parle surtout d’idéalisme, de l’enfant en chacun de nous qui rêve du héros qu’il sera demain.

 

« And today we celebrate Richard Rogers, a humanist who reminds us that architecture is the most social of the arts. » Thus did the jury of the 2007 Pritzker Prize present the award to Rogers, in thanks for his great production and contribution to architecture. That same year the same Rogers, British architect accustomed to large-scale and state-commissioned projects, designed Oxley Woods, pre-fabricated timber housing for less than 60,000 pounds, as a solution to the English housing crisis. More than just an answer to one project, one time, place, and context, Rogers proposes a principle, a system, a brand, a range – available for serial production – for different projects, times, places and contexts. « I’m looking for architecture that will express and celebrate increasing fast-paced technological, political and economic social change; an architecture of permanence and transformation where urban vitality and economic dynamics may occur, reflecting the evolution and duplication of functions; building as a form of random control that can respond to complex situations and relationships. » This excerpt from his book « Architecture: a modern view » – which he calls « manifest » in the preface to his 2013 edition – puts into words a vision and a plan that Rogers has for society and architecture, architecture and society. This book embodies his optimism for a “less gloomy” future, as an ode to all the elements that make the Western society of tomorrow; « It includes what I consider the fundamental values – and values – of architecture. »
If we consider the book, « Architecture: a modern view » to be the written record of a thought, a view of society, tested and put into practice by Rogers, can we then say that on a housing scale, Oxley Woods is the built trace of the social issues that it creates? Can it be said that Oxley Woods is the embodiment of Rogers’ dream society?

[…] It is surprising that this technology is developing at a time when housing prices are sky high – especially in England – and that ultimately this isn’t really a housing issue but rather a consumerist society « crisis ». So when Rogers offers Oxley Woods as a remedy to the crisis, is he really the same « humanist » who, in the last page of his manifesto, denounces and opposes the economic system of Western society? « I admit my opposition to our current system of economic exploitation and my faith and unwavering belief that a global community in which art and science would be harnessed to serve the common good would be the most beautiful and instructive achievement of the human spirit. » Does Oxley Woods really embody this optimism and hope for a « less gloomy » future for our society?

[…] Is it desire, idealism, and hope that lead us back to the cinema and which are at the root of an industry of profit, or is it the society of profit that feeds our hope? Oxley Woods is a small piece of cinema, a plural house that wants to tell a story, a story for all that speaks of each. It is a blockbuster of English housing. Finally, in some way Oxley Woods is also Hollywood; we don’t know if it is the product of society or the tool to create it. Thus Rogers’ pre-fabricated house echoes a paradox of its time; both tool and product, it points a finger at complex society, reveals issues and the future of society and individuals, it speaks of our vices and our faults, but mostly represents idealism, the child in all of us who dreams of the hero he will be tomorrow.

 

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