072. Tanebar Evav, L’île-Poisson

étudiante : Josephine Morelli
enseignant : Leo Legendre
// Deuxième année

L’île de Tanebar-Evav est située dans l’archipel de Kei, dans la région des Moluques, à l’Est de l’Indonésie. Isolée de la route des épices, elle a conservé son identité avec des coutumes toujours très vives, en contraste avec les cultures qui l’entourent. L’île vit selon deux saisons, sèche et humide, qui conditionnent l’agriculture basée surtout sur le millet, l’autre source de nourriture étant la pêche. Très repliée sur elle-même, l’île s’ouvre aussi à l’extérieur pour l’échange de femmes ou l’achat d’enfants.

L’île de Tanebar-Evav est pensée par ses habitants comme un corps féminin ou comme un poisson, orientée selon la course du soleil et en relation avec la naissance et la mort, opposant une partie « terre » à une partie « mer ». L’opposition avant/arrière est fondamentale car elle définit à la fois un espace et un temps. S’y ajoute une autre conception qui définit l’île comme deux corps complémentaires, une partie « mère » et une partie « enfants », séparées par un mur de pierre qui part du port, pensé comme la bouche d’un poisson, et qui traverse l’île. L’île-mère est sacrée, c’est la terre des ancêtres où règne la coutume, avec des tabous. Seuls les habitants de l’île peuvent y pénétrer. À l’inverse, l’île-enfants est une terre profane, pour les immigrants, où sont construites les églises et les mosquées.

Au centre, le « nombril » de l’île, lieu d’apparition des trois premiers hommes, est aujourd’hui le centre du village. On atteint celui-ci depuis la plage en grimpant une échelle. En bas, espace profane, les étrangers dans le désordre, en haut les autochtones dans un espace sacré, organisé, hiérarchisé.

L’habitation traditionnelle est une vaste construction sur plan carré ou rectangulaire. Elle est aussi comparée à un corps humain. La partie droite, plus grande, est réservée aux hommes, la gauche réservée aux femmes. La partie centrale est séparée par une poutre horizontale qui délimite la place du maître de maison et celle des visiteurs. La maison est un espace à la fois social, rituel et symbolique.

Le corps humain est lui aussi soumis à des rites et des interdits. Lors de la naissance ou de l’enterrement, le corps est placé dans la même orientation que l’île, tête au Sud et pieds au Nord.

 

The island of Tenabar-Evay is located in the Kei archipelago, in the Moluques region, East of Indonesia. Unlike the surrounding populations, its isolation from the spice road has allowed it to maintain its identity and customs. The island functions according to two seasons, wet and dry, which govern agriculture based on millet, the other food source being fishing. The insular island opens to the outside world only to exchange women or buy children.

The inhabitants believe the island is a female body or a fish, relating to the sun through its orientation and to birth and death through the contrast between earth and sea. The front/back opposition is fundamental as it defines both a space and a time. Another concept describes the island as two complementary bodies, “mother” and “children”, separated by a stone wall that starts at the harbour like a fish mouth and crosses the whole island. The Mother-island is sacred, ancestral land where customs and taboos reign. Only the island’s inhabitants can step foot there. The Children-island however is profane land for immigrants, where churches and mosques are built.

At the centre of the island, the “navel”, where the three first men appeared, is the town centre. It is reached by scaling a ladder from the beach. Below are the foreigners in unorganised profane space; above are the natives in a sacred, organised space.

Traditional housing is built on a vast square or rectangular layout. It is also compared to a human body. The right side is larger and reserved for men, the left for women. The central space is separated by a horizontal beam, a limit between host and guest. The house is a social, ritual and symbolic space.

The human body is also subject to rites and taboos. During birth or funerals, the body is placed at the same orientation as the island, head to the South and feet to the North.

 

JoséphineTANEBAR