071. Supertopia, vers la desacralisation de l’architecture

étudiante : Clara Paillier
enseignant : Elke Mittmann
// Troisième année

Dans les années 50 s’opère un retour à l’architecture futuriste en réponse à un fonctionnalisme trop monotone. Le modernisme, dans le cadre de la reconstruction, a proposé un urbanisme certes efficace, mais d’une technicité tellement aboutie qu’elle en vient à déshumaniser la ville. L’aspect sociétal de la ville est d’une importance primordiale et les avant-gardistes vont essayer de le ramener en redéfinissant ce qu’est l’architecture au sein de la modernité. Les fondamentaux sont alors remis en question : le mur, la mobilité, la continuité. Des architectes tels que Andrea Branzi, Peter Cook ou Yona Friedman, vont se constituer une nouvelle définition de l’architecture qui sera alors la base d’une série d’utopies visant à faire mourir l’architecture au profit du bonheur humain.

L’essence même des projets radicaux est de transmettre une idée forte sur un futur prospectif architectural en tendant vers un idéal social. Jusqu’alors, l’architecture était plutôt une question de matérialité, de structure et de symbole. Avec la vague radicale, la question de la place de l’homme dans l’architecture est remise au centre des préoccupations ainsi que la place que doit prendre cette dernière dans la conception du projet. Les architectes vont alors s’écarter de l’architecture en tant que telle pour élargir leur domaine de réflexion. La question de la représentation devient alors très présente et nait alors un nouveau langage emprunté au Pop Art et à la publicité. Les architectes s’approprient les outils de représentation et les références s’élargissent à d’autres domaines tels que la bande dessinée. Des images semblables à des publicités faisant la promotion d’un monde meilleur où l’architecture est au second plan apparaissent. Ce n’est pas une représentation fidèle du projet qui est recherchée mais un renouveau de l’imaginaire. L’image du projet par l’habiter, par l’usage est bien plus importante que les questions structurelles ou esthétiques. La capacité à s’approprier l’espace et l’inexistence de l’architecture au sein du projet sont mis en avant. L’architecture n’est plus un volume, c’est un « flatscape », une surface, une nappe, une image. L’espace est tramé par une grille où viennent se poser de façon incontrôlée des évènements. On fait surgir l’humain par la trame. La radicalité vient créer des villes où la prolifération est la base de l’urbanisme. Des villes sans qualité qui sont alors poussées dans leurs retranchements et n’existent que par les actions de l’habitant.

[…] L’architecture se libère du programme pour se donner comme l’exploration d’un langage, revendiquant la notion d’évènement, de « disjonction » formelle et temporelle. Archigram vient créer des cellules de vie qui visent à l’émancipation de l’homme, Archizoom vient proposer une trame infinie qui par son absence de spatialité vient laisser place à des happenings, Yona Friedman quant à lui a longuement étudié la façon de se déplacer de l’homme avant de penser la ville spatiale. De plus, la mégastructure vient créer un mode de vie autarcique. Par le travail de couches comme avec Friedman, on obtient une concentration et une densité des activités qui favorisent les flux et les échanges. Tout est regroupé dans la même structure proposant une intensification de l’urbain. On souhaite retourner à une ville avec une « vie publique intense ». Ce nouveau mode de vie proposé par les groupes radicaux permet aussi d’échapper à la condition humaine. En effet, dans ces utopies en grille, rien ne nous appartient, tout est neutre et clean. Vient alors prendre place la créativité de l’homme. […]

Les utopies radicales ont su prendre place au cœur de l’histoire architecturale et en sont des références principales malgré leur tendance « contre-architecturale ». Elles sont le symbole d’une libération et d’une décomplexion de l’architecture dans un contexte rationnel. Par ailleurs, l’utilisation du langage pop pour de l’architecture et d’une pensée pluridisciplinaire alliant sociologie et urbanisme fait de ces utopies une des innovations les plus importantes de la fin du XXème siècle.

 

In the 50s there was a return to futuristic architecture in response to monotonous functionalism. Modernism, in the context of reconstruction, provided admittedly effective planning, but of a technicality so successful that it dehumanised the city. The social aspect of the city was of paramount importance and the avant-garde movement tried to bring it back by redefining architecture in modernity. Basics were thus called into question: the wall, mobility, continuity. Architects such as Andrea Branzi, Peter Cook and Yona Friedman, created a new definition of architecture that would be the basis of a series of utopias that would ignore architecture in favour of human happiness.

The essence of radical projects is to convey a strong idea of a prospective architectural future based on a social ideal. Before this new movement, architecture was more a question of materiality, structure and symbol. With the radicals, man’s place in architecture is given centre stage, along with its role in project design. These architects step away from architecture itself to expand their areas of thought. The question of representation becomes very present, creating a new language borrowed from Pop Art and advertising. Architects take ownership of representation tools, their influences expanding to other areas such as comics. Images resembling advertisements appear, promoting a better world in which architecture is secondary. The aim is not to accurately represent the project but to promote imagination. The image of the project as it is lived in, as it is used, is far more important than structural or aesthetic issues. Emphasis is placed on taking ownership of a space and a project’s lack of architecture. Architecture is not a volume but a « flatscape » a surface, a sheet, a picture. The space is governed by a grid on which elements are randomly placed. The grid brings out the human. Radicalism creates cities where planning is based on proliferation. Cities without quality are driven into a corner and exist only through the actions of the inhabitant.

[…] Architecture is freed of programme to become the exploration of language, using the event, formal and temporal « disjunction ». Archigram creates residential cells for the emancipation of man; Archizoom offers an infinite grid whose lack of spatiality gives way to happenings; Yona Friedman extensively studied man’s movement before imagining the spatial city. Mega-structures create self-sufficient lifestyles. Working in layers like Friedman results in compact and dense activities that promote networks and exchange. Everything is grouped into the same structure, increasing urban intensity. The goal is a return to a city with « intense public life. » This new way of life proposed by radical groups also provides an escape from the human condition. Indeed, in these grid-like utopias, nothing belongs to us, everything is neutral and clean. Thus takes place the creativity of man. […]

Radical utopias are at the heart of architectural history and are major references despite their « anti-architecture » tendency. They are the symbol of liberation and uninhibited architecture in a rational context. Furthermore, the use of pop language for architecture and multidisciplinary thought combining sociology and urbanism makes these utopias one of the most important innovations of the late 20th century.

 

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