068. Les Sharwas de l’Amdo

étudiante : Emilie Kang
enseignant : Leo Legendre
// Deuxième année

Les Sharwas sont littéralement « les gens de l’Est », leur appelation vient de leur situation géographique par rapport au Tibet : cette population habite dans l’Amdo, à près de 3500 m d’altitude.

Dans l’ouvrage de Philippe Sagant et Samten Karmay, aucune fois le terme « famille » n’est employé. L’usage du mot « maison » est en revanche très fréquent : cette notion désigne à la fois la demeure et le cercle familial d’un individu. Il n’y a plus de dissociation entre l’abri matériel et la première enveloppe sociale de l’Homme. Il s’agit d’une conception du monde et du cosmos qui se traduit dans le langage de la population.

[…] illustration > Ainsi on retrouve dans l’espace une distinction entre les hommes et les femmes : les hommes sont à l’extérieur, ils chassent et vénèrent le Dieu de la montagne en participant aux rituels d’été communs aux Quatre Villages comme le veut la tradition. Les femmes quant à elles n’y assistent pas, elles vénèrent les esprits klus de la source, divinités différentes et propres à chaque maison. De la même manière, la force vitale d’un homme et celle d’une femme dépendent de différentes parties du corps : la vitalité de l’homme se retrouve en haut, dans les montagnes enneigées et la lumière du ciel, alors que la force vitale d’une femme dépend des fonds de la vallée, des puissances de la terre et des eaux sombres des grottes.

[…] Maison > L’équilibre doit toujours être maintenu ou rétabli. « Le monde n’est en ordre que lorsqu’il est clos comme une demeure ». Les Sharwas se séparent entièrement du monde extérieur à leur pays : ce sont les confins, un monde instable et dangereux où vivent les barbares hérétiques. L’homme qui s’aventure dans ces contrées obscures est menacé par la folie. Cette séparation volontaire de l’intérieur et de l’extérieur se retrouve donc à plusieurs échelles : celle du corps humain, celle de la maison, celle du village, celle du pays et celle de la Terre.

Ainsi, on retrouve une perpétuelle correspondance entre les différentes enveloppes de l’homme. L’espace domestique est construit, pensé et pratiqué selon la conception que se font les Sharwas du Monde : aux trois étages du cosmos correspondent les trois aptitudes du corps humain, indispensables pour acquérir de l’honneur et vivre en société. Le corps est lui aussi une relation au monde. Le monde est construit tel qu’il est conçu et tel qu’il est vécu.

 

The Sharwas are literally the « people of the east »; their name comes from their geographic location in Tibet. They live in the Amdo region at an altitude of about 3500m.

The term « family » is never used. The use of the word « home » is very common, however: this concept actually refers to both the home and the family of an individual. There is no difference between actual shelter and man’s first social circle. This view of the world and the cosmos is echoed in language.

Men and women do not share the same space. Men are outside; they hunt and worship the God of the mountain by participating in rituals common to the Four Villages, according to tradition. Women on the other hand do not attend these rituals; they revere the klu source spirits that are different and unique to each house. Similarly, the lifeblood of men and women depend on different parts of the body: the vitality of a man is high up, in the snowy mountains and the light of the sky, while a woman’s force lies in deep valleys, the powers of the earth and the dark waters of caves.

Balance must always be maintained or restored. « The world is in order when it is closed like a home »: the Sharwas are completely separate from the outside world beyond their borders: out there is an unstable and dangerous world where heretic barbarians live. He who ventures into these dark regions is threatened by insanity. This voluntary separation of inside and outside is present in many aspects: the human body, that of the house, the village, the country and the earth.

Thus there is constant dialogue between the different layers of man. Domestic space mirrors the world as the Sharwas see it, with three levels of cosmos, as well as the human body and its relationship to the world, including the three skills needed to acquire honour and live in society. Their world is built as they see it and as they live it.

 

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