067. Rua Uruguaiana, Camelots, commerce de rue et occupation de l’espace publuc à Rio de Janeiro

étudiante : Anaëlle Medina
enseignant : Denyse Rodriguez Tomé
// Master

Le Centro de Rio de Janeiro est marqué par la présence importante de vendeurs de rue, camelots et commerçants qui représentent un groupe dynamique de la population Carioca participant à l’économie de la ville. Cette catégorie sociale, aujourd’hui souvent perçue comme la classe la plus défavorisée de Rio de Janeiro, voit en cette activité une possibilité d’ascension sociale et se voit donc dans l’obligation de résister au pouvoir public. Parmi les marchés de Rio de Janeiro, Uruguaiana est l’un des plus développés et certainement le plus populaire. Tout le monde connaît Uruguaiana pour ses prix attractifs et la diversité des produits qu’on y trouve. Au-delà de ces deux aspects, ce marché se présente comme un espace totalement dépaysant en plein centre-ville qui vient bouleverser le rythme du Centro. Toutefois, il existe une grande polémique au sein de la ville pour l’image que ce quartier renvoie ainsi que son organisation interne. L’étude de cet espace a présenté différents aspects : l’aspect historique et culturel, législatif, géographique, mais surtout, l’aspect conflictuel perceptible sur le terrain, reflet d’un conflit perpétuel entre pouvoir public et une grande part de la population brésilienne. L’implantation des commerces ambulants sur les trottoirs est parfois dangereuse pour le piéton qui se retrouve obligé de marcher sur la chaussée par manque de place dans l’espace qui lui est initialement réservé. Ceci est un exemple parmi plusieurs du caractère risqué de la cohabitation de l’informel avec le formel. En effet, la délimitation claire du privé et du public participe à la compréhension d’un espace. Pour un piéton, la possibilité d’occuper pleinement les trottoirs sans se sentir menacé ou en danger à cause des vendeurs ambulants est essentielle. D’autres pourraient se sentir plus en sécurité justement avec cette vie parallèle perceptible dans un monde figé. Les résultats de cette analyse contrastaient très souvent avec l’image que la société a établi des ambulants à travers les moyens de communication. L’étude de l’exemple d’Uruguaiana permet de montrer comment le manque d’opportunité d’emploi en période de crise peut stimuler une économie parallèle et que celle-ci peut perdurer à travers le temps grâce au succès qu’elle connaît. De sa naissance jusqu’à aujourd’hui, le commerce de rue semble avoir changé de statut. En effet, né dans la précarité, il passe aujourd’hui à l’espoir pour de nombreuses classes de travailleurs d’évoluer socialement et de lutter contre l’exclusion sociale. Aujourd’hui, dans ce marché informel, il existe même des étudiants finançant leurs études par ce biais. Cela renforce l’idée que cette activité peut être rendue plus flexible grâce à l’émergence d’une classe moyenne. Etre camelot ne veut pas forcément dire être pauvre ou appartenir à la classe la plus pauvre du Brésil. Cela peut être un réel choix. Quoi qu’il en soit, le bilan reste positif : les camelots d’Uruguaiana, ainsi que les ambulants du Centro en général, semblent tirer profit de leur propres faiblesses et participent à la valorisation et permanence de leur activité. En considérant le fait que cette étude s’est fait sur un cas d’Amérique latine, avec une situation sociopolitique différente de celle que nous connaissons en France, nous pouvions nous imaginer tirer des conclusions à l’échelle du Brésil. Cependant, si nous parcourons les différents aspects abordés au long du mémoire, des rapprochements peuvent être faits avec le mode de vie occidental. Toutefois, à la différence des marchés hebdomadaires que l’on pourrait voir dans les pays occidentaux, le cas d’Uruguaiana est marqué par l’absence de contrôle de la part de la ville, ce qui a permis aux camelots de gagner des notions de construction contribuant à la création de ce lieu si magique et fascinant, rythmé par les exigences de la société au sein de laquelle il évolue.
Cette étude pourrait donner des idées sur la manière de concevoir les centres commerciaux. En effet, dans les formes de commerces occidentaux, il y a une réelle influence des marchés sur la méthode de vente dans les hypermarchés tels que Carrefour et ses rayons animés, tels dans les marchés hebdomadaires, ou autres centres commerciaux ouverts façon centre-ville. On retournerait presque vers un modèle de la ville à l’ancienne. Dans les pays en développement, cette pratique peut être une réelle concurrence. Citons l’exemple de Buenos Aires et ses almacenes30, un commerce de proximité qui perdure car beaucoup moins cher et provoque un grand engouement de la population.
On peut ainsi se demander quelle influence le commerce de rue pourrait-il avoir sur la production d’espaces commerciaux dans une société qui connaît ce phénomène, comment les centres commerciaux pourraient-ils s’inspirer des ambulants ?
Grâce à l’exemple d’Uruguaiana, on peut croire en la possibilité de faire évoluer les villes alternant diverses images qui font d’elle un ensemble hétérogène, moins formalisé, mais rythmé par des ambiances totalement distinctes, opposées mais à la fois complémentaires et nous faisant avancer vers un monde meilleur.

 

In the heart of Rio de Janeiro are street vendors, pedlars and retailers who represent a dynamic part of the Carioca population and contribute to the city’s economy. This social category, often considered the most disadvantaged in Rio, sees in this activity an opportunity to climb socially and therefore continue resisting the authorities.
Of Rio’s markets, Uruguaiana is one of the most developed and certainly the most popular, renowned for its attractive prices and diversity of products. The market is a completely different space at the heart of the city, changing the pace of the Centro. It is controversial in the image it presents of the neighbourhood as well as its internal organisation.

Several aspects were relevant in the study of this space: historic and cultural, legal, geographic, and especially the conflict that is felt on site, echoing the ongoing clash between the authorities and a large part of the Brazilian population.
Street vendors on footpaths are often dangerous for pedestrians who must step onto the street because of the lack of space normally reserved for them. This is just one example of the risk of mixing informal and formal. Indeed, clear boundaries between private and public help to understand a space. For a pedestrian the possibility of using footpaths without feeling threatened by street vendors is essential. Others, on the contrary, could feel more at ease with this parallel lifestyle in a fixed and rigid world.
The results of this study are often contrary to the image of street vendors established by society. The example of Uruguaiana shows us how the lack of professional opportunity during a recession can stimulate a parallel economy that is so successful that it becomes permanent. The status of street vending has changed since its beginnings: though it stems from precariousness it has now become a source of hope for working classes to evolve socially and fight social exclusion. Some students even partake in this informal market to finance their studies. This adds to the idea that the appearance of a middle class could make this activity more flexible. In Brazil, a street vendor is not necessarily poor or of a lower social class. It can be a real choice. Whatever the case, the result is positive: the Uruguaiana and Centro vendors in general seem to profit from their weaknesses and add to the quality and long-term nature of their activity. Though this study was carried out in Latin America, where the socio-political situation is different from France, through different aspects of this thesis we were able to draw parallels with Western lifestyles. However unlike the weekly markets that take place in the West, Uruguaiana is marked by the city’s lack of control, which has allowed street vendors to pick up on construction ideas that contribute to the creation of this place that is so magical and fascinating, changing with the needs of a society in which it evolves.
This study could inspire ideas for shopping centre design. Indeed in retail, the market influences the sales methods of hypermarkets like Carrefour with its animated aisles like weekly markets, or other open shopping centres that resemble city centres. We could almost be going back to an older city model. In developing countries, this practice is a real competition. For example Buenos Aires and its almacenes, local shops that have become a craze with their cheaper prices.
We could also wonder what influence street vending has had on the creation of commercial space in a society, and how shopping centres could be inspired by this.
Thanks to the example of Uruguaiana, we believe in the possibility of changing cities to give them a less formal image, one of an entity of completely different environments that are both opposite and complementary, leading us towards a better world.

 

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