062. Les prisons, un lieu de dualité

étudiante : Julie Mistoco
enseignant : Pierre Antoine
// Master

La prison apparaît comme étant un lieu de dualité voire de contradiction. Tantôt lieu de punition et de l’autre lieu de rédemption, sa fonction première est de changer les auteurs de méfaits ou de délits, afin qu’ils purgent leur peine et deviennent meilleurs qu’auparavant. Pourtant on dit souvent que : « les prisons jusqu’à présent ont été un séjour infect et horrible, école de tous les crimes et entassement de toutes les misères » : Dans quelle mesure l’école du crime peut-elle rendre meilleur ?
En réfléchissant au principe même de la prison, il paraît assez contradictoire, voir illogique : enfermer des personnes qui ne respectent pas les règles établies dans la société pour leur apprendre ou leur réapprendre à vivre à l’extérieur. Dire « réapprendre » suppose donc qu’il y a eu un apprentissage auparavant et que celui-ci n’a pas été convenablement assimilé. Le sujet de la prison implique d’aborder la question de l’extérieur : qu’est-ce que l’extérieur ? Que signifie vivre à l’extérieur ? Être à l’extérieur c’est être en dehors, hors de quelque chose. Les prisons sont souvent mises à l’écart de la ville ; les prisonniers vivent à l’écart, en dehors, à l’extérieur de la société. Qui est réellement dedans ? Qui est réellement dehors ? Le fait d’aborder les questions d’intérieur et d’extérieur, fait écho à la biologie. L’expression « milieu carcéral » et le mot « cellule » permettent de faire un parallèle avec la biologie. Il est intéressant de noter que les synonymes du mot « cellule » renvoi tantôt à la biologie, tantôt à la prison : « cachot, prison, oubliette, taule, alvéole, neurone, noyau, ostéocyte, mitard, globule, geôle ». En biologie, la cellule est constitutive des êtres vivants, « rapidement, on a compris qu’il s’agissait de petite quantité de matière vivante emprisonnée ou séparée de son environnement externe par une enveloppe. »
Il apparaît que la survie, le bon développement d’une cellule est lié aux échanges que celle-ci entretient avec son environnement, empêcher de quelconques échanges conduirait à la dégradation progressive de cette unité. L’analogie existante entre cellule biologique et cellule carcérale, nous a fait nous demander si l’être vivant qui est au cœur de la cellule (le prisonnier) ne subit lui même cette sorte d’auto-destruction progressive en n’ayant aucun contact avec le milieu extérieur ? Quelles sont donc les conséquences sur l’individu de l’enfermement à long terme ? Y a t-il dégradation de l’être dans sa cellule ?
Dans un schéma de causes à effets, cette réflexion autour de la cellule, son milieu, l’isolement, le thème de l’insularité devient connexe à celui de la prison. A l’image de la cellule, l’île est isolée, séparée du reste. Cet espace paraît être le lieu par excellence de la mise à l’écart.
Les notions de punitions, de châtiments, et de peines semblent être indissociables de la prison. Elles renvoient donc à un autre parallèle, à savoir celui de la religion. En cherchant « l’origine » même de la prison, la Genèse semble être le début pour cela aussi. En effet, après avoir goûté avec Eve le fruit défendu, Adam est alors chassé, banni du jardin d’Eden : n’est-ce-pas là, la punition originelle ? La naissance de la faute, du délit et même du crime ?
[..] En pensant à la prison, on considère que la population carcérale ne comprend que les détenus, oubliant ainsi le personnel pénitentiaire. Dire que le personnel est lui aussi incarcéré est un peu exagéré mais pas complètement. Nous les considérons comme des « détenus horaire » et leur service comme une « détention horaire ». Les migrations horaires concernent les déplacements travail/maison et maison/travail et font état d’un déplacement relativement court, en comparaison à une migration. D’où cette idée de détention horaire, car pendant un laps de temps court en comparaison d’une peine de prison ; le surveillant va lui aussi faire partie de la population carcérale. [..] Le temps est une unité de mesure primordiale en prison. La peine se mesure en mois ou années. M. Hemmery nous a confié l’importance d’intégrer la donnée « temps » à leur projet, à travers la végétation et la lumière naturelle. Le fait que les prisonniers puissent voir la végétation et les variations de la lumière naturelle leur permet de garder la notion de « jours qui passent ». « Temps morts » c’est une expression qui est revenue à plusieurs reprises pour qualifier le temps de la détention. La prison semble être un objet intemporel, atemporel, chronophage et chronokinésique… Bon nombre des problématiques que pose la prison aujourd’hui étaient déjà posées au siècle précédent. Punir ou guérir ? Châtier ou aider ? Isoler ou regrouper ? De même la question du sens de la peine, la surpopulation, l’humanisation de la prison. Et c’est la récurrence de ces questions qui nous amène à cette idée de lieu de chronokinésie, de temps arrêté.

 

Prisons appear to be a place of duality, contradiction even. A place of both punishment and redemption, their primary aim is to change perpetrators and criminals, that they may serve their sentence and better themselves. But it is often said that: “to date, prisons are vile and horrible places of crime and misery”. How can a criminal context better a criminal?
The prison concept seems contradictory, illogical even: to lock up those who don’t respect the rules of society in order to teach or reteach them to live on the outside. To “reteach” them means that they had already learnt before but the lesson was not suitably assimilated. The subject of prisons must be approached by first questioning the outside: what is the outside? What does it mean to live on the outside?
To be outside is to be exterior to something. Prisons are often located away from cities: the prisoners live out of the way, aside, outside society. Who is actually a part of society? Who is actually not?
To question inside and outside is to echo biology. The French expression for prison environment and the word “cell” let us draw a parallel with biology. It is interesting that synonyms of “cell” either refer to biology or prison: “jail, prison, dungeon, cell, neuron, nucleus, osteocytes, solitary confinement.” In biology, cells are made up of living things, “we very soon found out that they were
small quantities of living matter imprisoned or separated by an envelope from their external environment.”
It seems that survival, the development of a cell, depends on its relationship to its environment; if prevented from this exchange the cell will eventually deteriorate. The existing analogy between biological and prison cell made us wonder if the being at the heart of the cell (the prisoner) undergoes the same kind of progressive auto destruction when he is made to lose contact with the outside world. What are the consequences of a long prison sentence for an individual? Does the individual in his cell deteriorate?
From cause to effect, this study on cells, their surroundings, isolation, puts the issue of insularity at the heart of the prison debate. Like the cell, an island is isolated, separated from the rest. This space seems to be the ideal place for exclusion.
The idea of punishment and sentences cannot be dissociated from prisons. This leads to another parallel, with religion this time. Genesis seems to be the “origin” of prisons; indeed Adam is cast out of the garden of Eden for tasting the forbidden fruit with Eve: is this not the first punishment? The beginning of error, offence, and even crime?
[…] When we think of prison, we imagine the population being held there and forget the personnel. The staff is also incarcerated in a sense; they are “hourly prisoners” and they are in “hourly custody”. Hourly migrations refer to the journey from home to work and back, relatively short trips compared to actual migrations.
Hence the idea of hourly custody, serving a short term as opposed to a sentence: warders are also part of the prison population.
[…] Time is an essential unit in prison. Sentences are measured in months or years. M. Hemmery reminded us to integrate “time” into our project, through plants and natural light. The prisoners must be able to see greenery and variations in light to measure passing time. Time out (in French, literally “dead time”) is an expression that came up many times in the discussion to quality sentence time.
Prisons seem to be timeless, time-stopping, time-consuming, chronokinetic. A number of issues being raised on the subject of prisons today were already being questioned last century. Punishment or cure? Chastise or help? Isolate or group? We also question the meaning of a sentence, overcrowding, humanising prisons. The recurrence of these questions leads us to this idea of chronokinetic, of time standing still.

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