061. Pour un nouveau manifeste

étudiant : Florian Hanoun
enseignant : Jérôme Boutterin
// Master

Partons du constat de l’absence de manifeste contemporain. Analysons ensuite l’architecture réalisée dans ce contexte et interrogeons là. Proposons alors des pistes de réflexion pour l’écriture d’un nouveau texte de référence.

Au cours de l’Histoire, l’Architecture s’est toujours inscrite dans une démarche commune de la part de ses producteurs, les architectes. De Vitruve à le Corbusier, on retrouve des styles et des mouvements qui ont caractérisé les différents périodes, lieux et sociétés. L’Architecture était dirigée par des directives précises, explicitées dans les traités ou manifestes alors en vigueur. Car c’est bien cela le dessein du manifeste, énoncer concrètement les points relatifs à la visée de l’Architecture. Aujourd’hui, en Occident, les architectes semblent dépourvus de cet outil théorique qui les réunissait jadis ; il n’y a pas de manifeste contemporain. Tout du moins, il n’est pas affirmé et revendiqué. Certains architectes se rassemblent, partagent une pensée sur l’Architecture, mais cela contribue-t-il à l’essor d’une nouvelle idéologie ? Ou au contraire, conduit-il chacun à sa propre interprétation ? Nous pouvons nous interroger sur le fait que nous produisons aujourd’hui l’Architecture sans manifeste, que nous laissons la discipline ouverte, que tout peut être légitimé. On se rend compte du danger potentiel. Mais si ce n’était pas le cas, et qu’il existait bien une conviction commune, pourquoi la dissimuler, ne pas l’assumer ? Mettons les éléments qui la constituent en lumière, et serons -nous alors capables de rédiger un manifeste pour l’architecture contemporaine ? Cela dans le but de nous rassembler pour produire une architecture opérante dans le contexte actuel, dont nous sommes ensemble les acteurs. Nous voulons apprécier l’Architecture contemporaine et non pas des architectures contemporaines, nous ne pouvons pas être exclusifs dans ce jugement. Bien que le manifeste ait réglé l’Architecture de tout temps, celui-ci semble être actuellement désuet car synonyme de contraintes, peut-être même considéré comme liberticide. Mais au contraire, n’est-il pas plus juste et légitime ? Il est le fruit d’une réflexion saine qui permet de se poser et de résoudre les problèmes, ne tend-il pas à l’objectivité ? Peut-être l’imagine-t-on encore comme issu de l’esprit d’un démiurge omnipotent, tyran de l’Architecture. Mais ne peut-il pas être constitué de l’association savante de nombre de penseurs ? Réunissons nous et créons ce nouveau manifeste ! Le contre-manifeste
Le film « Le contre-manifeste », apporte une lecture descriptive sur le résultat urbain de la ville du Plessis Robinson. En ajoutant aux images des extraits sonores issus de textes appartenant à New York délire, relatant de la méthode Paranoïaque Critique développée par Dalí au début du XXe siècle. Sa réalisation s’inscrit dans le questionnement qui suit. Comment conçoit-on aujourd’hui les quartiers résidentiels périurbains ? Quels types d’architectures produit-t-on à l’échelle d’un territoire modeste, comme celui d’une commune de banlieue ? Intéressons nous aux quartiers « de style traditionnel », composés de résidences pavillonnaires et d’immeubles de logements, fondés à partir d’archétypes d’idéaux populaires. Souvent qualifiés de pittoresques ou dénigrés comme pastiche, pour la même raison qu’ils revendiquent une architecture ancrée dans le passé, peuvent-ils légitiment revendiquer leur place dans le contexte présent ? Quels sont les symptômes produits par ces quartiers « néo-traditionnels » dans la ville contemporaine ? On s’aperçoit que depuis la fin de la guerre le logement collectif ou le logement de masse (vertical ou horizontal) se retrouve assez vite en crise quelques années après sa construction. Chacun possède pourtant ses qualités urbaines et architecturales, alors pourquoi se heurtent-ils rapidement à des problèmes d’exploitation ? Tirons en des leçons pour aujourd’hui, demandons nous si le logement est cohérent dans le contexte actuel. Propose-t-il des solutions aux problèmes vus précédemment ou se contente-t-il plus ou moins de reproduire les mêmes schémas qui ont fait défaut par le passé en y appliquant une couche de pastiche traditionnel ? L’architecture peut-elle se justifier dans la ville uniquement sur son apparence ? Quelle est la portée de cette particularité qui consiste à décliner un vocabulaire architectural pioché parmi les différentes époques de l’Histoire pour l’appliquer indistinctement aux façades ? La stimulation supposée, provoquée face à cette première couche du bâtiment — c’est-à-dire la façade – a-t-il pour ambition de contenter le citadin ? Interrogeons nous sur l’attente en termes d’habitat. Il y a les questions contextuelles liées au logement, à l’architecture ou à l’urbanisme, il y a ce nouveau style qui construit des villes et des quartiers, il y a nous les architectes.

 

We note that there is an absence of contemporary manifestos. Let us analyse and question the architecture designed in this context to then propose ideas to write a new reference.

Throughout history, Architecture has always been part of directors’ and architects’ communal approach. From Vitruvius to Le Corbusier, styles and movements have characterised periods, places, society. Architecture was governed by precise directives made explicit in the treaties and manifestos of the time. Today in the west, architects seem to have lost this theoretical tool that used to unite them; there is no contemporary manifesto, or at least none that is promoted and defended. Architects do come together, share an idea of Architecture, but does this contribute to the development of a new ideology? Or on the contrary, does it lead each individual to his own interpretation? We can question the fact that today we produce Architecture without a manifesto, that the field is open, that everything can be legitimised. We recognise the potential danger. But if that were not the case, and there did exist a communal conviction, why hide it, why not promote it? Let us highlight the relevant elements – are we capable of writing a manifesto for contemporary architecture with the aim of coming together to produce architecture that is functional in a current context, in which we all participate? We want to appreciate contemporary Architecture and not a multitude of contemporary models; we cannot be exclusive in our judgement. Though manifestos have forever governed Architecture, they seem out of date today as they are synonymous with constraint, perhaps even with destroying freedom. But on the contrary, is this not more just and fair? Issues are resolved as a result of educated thought; does this mean they lean towards objectivity? Perhaps we still think it the result of an omnipotent god, an Architecture tyrant. But can it not be made up of the intelligent association of a number of thinkers? Let us join together and create this new manifesto!
The counter manifesto
The film « Counter Manifesto » describes the urban result of Plessis Robinson. It mixes images with sound from New York Delirious, relating the Paranoid Critic developed by Dali at the start of the 20th century. It was put together in answer to the question of designing suburban residential neighbourhoods. What kind of architecture do we produce on the scale of a modest territory like that of a suburb? We focused on “traditional style” neighbourhoods made up of detached houses and residential blocks, founded on an archetype of popular ideals. Often called picturesque or labelled a travesty because they promote a dated architectural style, can they find their place in the current context? What symptoms do these “neo-traditional” neighbourhoods produce in the contemporary city? After the war, collective and mass housing (vertical or horizontal) was very soon in crisis. Each had its own urban and architectural qualities, so why did they become un-functional so fast? Let us learn from them, and ask ourselves if housing is relevant in a current context. Does it bring solutions to existing problems or do they take cover under a traditional style yet still more or less reproduce the same issues that have occurred in the past? Can architecture in the city be justified solely on its appearance? What is the reach of this characteristic that consists of creating an architectural vocabulary taken from different moments of history and applied randomly to facades? Is the expected stimulation of this first building layer – the façade – meant to make the resident happy? Let us question housing expectations. There are contextual questions linked to housing, to architecture and planning, there is a new style building cities and neighbourhoods, there is us, the architects.

 

61_-_IMAGE