057. Nias, le mythe à l’origine des constructions sociales, spatiales, et territoriales

étudiante : Margaux Bulté
enseignant : Leo Legendre
// Deuxième année

Limite ouest de l’archipel indonésien, l’île de Nias est un bout de terre d’environ 120 km par 40 km, presque entièrement couvert de collines d’orientation Nord-Ouest – Sud-Est.

Au premier abord, Nias présente une architecture fortement marquée par les contraintes climatiques. Mais, en réalité, ce n’est pas la seule force qui régit la construction des habitations traditionnelles. En effet, celle-ci obéit à des règles sociales, elles mêmes dictées par le mythe fondateur qui est à la base de la société. Il y a en effet une forte corrélation entre les mythes fondateurs — transmis par tradition orale depuis la nuit des temps — et les structurations à différentes échelles : sociale, spatiale, territoriale.

Le mythe de création sert de ligne directrice pour la construction de la société Nias.
Il raconte la naissance de la première mère de l’humanité, Inada Samihara Luwo dont le corps, un roc, se fendant en deux, donne naissance à deux couples de jumeaux. Les frères et sœurs finissent par se marier entre eux et c’est de ces incestes qu’est née la population Nias. Les deux frères fondateurs auront une grande influence sur les structurations (sociale, spatiale, territoriale) puisqu’ils auront à se partager la terre : l’un prendra le monde supérieur, l’autre le monde inférieur. Cette dualité marquera très fortement les usages et les représentations de l’espace.

Une société basée sur le mérite.
La population Nias est traditionnellement constituée de trois classes :
— les nobles, si’ulu ;
— le peuple, sato ;
— les esclaves, savaju.
Ce système de classes est basé sur le mérite. Les classes entre elles sont quasi hermétiques, mais une ascension est possible lorsqu’un habitant fait preuve de bravoure, de connaissance et de richesse, en organisant par exemple des fêtes de mérite. Ainsi, la polarité instaurée par le mythe de création prend ici forme de manière verticale.

Le pouvoir et sa transcription sur le territoire.
Descendants directs des dieux créateurs, les nobles sont les seuls à pouvoir accéder aux places de pouvoir. Le village est dirigé par un chef des coutumes, aidé de ses conseillers, qui peuvent faire partie du peuple, et qu’il nomme sur la base de leur bravoure et de leur connaissance de la loi coutumière adat.
Les prises de décisions ont lieu lors d’assemblées des villageois sur des places publiques prévues à cet effet, uniques pour chaque village et couplées à la maison du chef. Le village s’étend à partir de leur emplacement central et se développe selon deux axes :
— les habitations sont placées de part et d’autre de la rue principale, et parfois unique, du village,
— l’amont et l’aval sont opposés, comme les deux mondes, inférieur et supérieur, comme la vie et la mort.

La structuration de l’espace domestique, de l’espace villageois, de l’espace social reprend donc les éléments fondateurs du mythe d’origine, instituant des hiérarchies et des polarités visibles à tous les niveaux et exprimant les symboles fondamentaux de la société Nias.

 

The island of Nias is the western limit of the Indonesian archipelago. This strip of land 120 x 40 km is almost entirely covered in hills oriented North-West to South-East.

At first glance Nias architecture seems to depend on climatic constraints but a closer study reveals that climate alone doesn’t govern the construction of traditional housing. Indeed it answers social rules laid out by the myth of creation, the foundation of their society. There is a strong link between the creative myth transmitted by word of mouth since the beginning of time and structures on different scales: society, space, territory.

The myth of creation governing Nias construction tells of the birth of humanity’s first mother, whose body, a rock, split in half to create two sets of twins. The brothers and sisters ended up marrying one another; the Nias people are born of this incest. The two founding brothers strongly influence society and space since they have to share the Earth: one of them takes the higher world, the other the lower. This duality is made obvious in the uses and representations of space.

The Nias is society based on merit and traditionally made up of three classes:
— The nobles si’ulu
— The people sato
— The slaves savaju
This very strict class system is based on merit: ascension is possible if an inhabitant proves his courage, knowledge and wealth, by organising festivals of merit. Here the polarity based on the myth of creation is vertical.

Power and its organisation of a territory
The direct descendants of the gods of creation, only the nobles can hold positions of power. The village is headed by a chief of customs, aided by councillors who can be part of the people and that he names for their courage and knowledge of customary law adat.
Decisions are taken during village assemblies on public squares destined for this use, unique to each village and adjoining the chief’s house. The village is organised from this central location along two axes:
— The housing is often on either side of the village’smain (and sometimes only) road
— High and low are opposite, like the two worlds, higher and lower, like life and death

The structure of domestic and village space, of social space, is based on the founding elements of the myth of creation, governing hierarchy and visible polarities on different levels, and expressing the fundamental symbols of Nias society.

 

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