052. Joel Meyerowitz

enseignants : Maud Leonhardt Santini, Sophie Brones
étudiante : Maud Dessornes
// Troisième année

Joel Meyerowitz est né le 6 mars 1938 à New York. Il grandit dans le Bronx et devient directeur artistique. Un jour, en 1962, il a l’occasion d’observer Robert Frank à l’œuvre. Lors de cette rencontre il prend conscience que « le monde est en mouvement et qu’on peut intercepter ce mouvement avec un ap­pareil photo ». Au début de ce travail et de l’étude de ce photographe, l’intérêt s’est directement porté sur l’instant dans ses photos puisque beaucoup d’entre elles jouent sur la sensitivité, qui est d’ailleurs un sujet central du travail de Joel Meyerowitz. On peut remarquer cette approche aussi au niveau des titres des photos : The blue hour, par exemple. Le point fort de la composition est le fait que le ciel est en communion totale avec la mer. Ils se confondent complètement. Il n’y a pas de premier ou de second plan : le ciel devient aussi accessible que la mer, on peut les inter changer. Il joue avec la lumière naturelle dans le sens ou il attend qu’elle soit diffuse et égale pour qu’elle produise cet effet de monochromie et d’infini. Joel Meyerowitz réussi quelque chose d’assez intriguant en prenant cette photo, sans user d’aucune artifice. Il arrive, en attendant le bon moment, la bonne heure, la bonne lumière, les bonnes couleurs à produire cette image sensitive, qui évoquera quelque chose de différent pour chacun. Dans cette même situation, nombreux auraient eu l’idée d’attendre le passage d’un bateau ou d’un oiseau pour prendre la photo. Alors que lui fait l’exact opposé, il attend le vide le plus général pour la prendre.. Cela crée une sensation de latence car il n’y a aucun élément identifiable, aucun artefact ou figure hu­maine qui ne précise la temporalité de la photo. C’est comme s’il fuyait l’espace, on s’intéresse plus au temps, à l’espace-temps qui s’est écoulé pendant la prise de vue, on ressent ce temps en quelque sorte. Joel Meyerowitz choisit des lieux avec précaution, photographie des espaces, mais dans ses photos, ce ne sont pas tant les lieux ou les espaces en eux même qui importent. Au contraire ils sont effacés et deviennent les sujets secondaires au profit d’autres problématiques telles que l’espace-temps ou l’énergie urbaine. Ces lieux ont tout de même une importance non négligeable car ils permettent au photographe de faire émerger ces choses, ils sont la toile de fond de ces expériences. Ce travail sur l’abstraction du lieu est très intéressant. En effet, il est compliqué, lorsque l’on prend une photo de faire oublier le lieu dans lequel on a pris l’image et d’emmener le spectateur plus loin, de faire appel à ses perceptions, de lui transmettre des émotions, des ambiances que l’on a avec les deux premières séries et cette énergie des photos de rue. Ce travail sur l’espace et la photographie à travers les photos de Joel Meyerowitz permet de comprendre que parler d’espace en photographie ce n’est pas forcément décrire un lieu, ou parler de profondeur, de surface, de dimension etc…. s’intéresser à l’espace, à sa mise en œuvre dans l’image peut mettre en lumière des thématiques tout à fait différentes. L’espace est un outil, il est matière à, support… tout en ayant un réel rôle dans la composition des images. Il est donc présent mais volontairement « effacé », mis au second plan pour permettre au réel sujet non seulement d’émerger/d’avoir lieu mais surtout d’être mis en évidence et en valeur par les choix du photographe : celui du lieu ainsi que le cadrage.

 

Joel Meyerowitz was born on the 6th of March 1938 in New York. He grew up in the Bronx and became an artistic director. One day in 1962 he had the opportunity to see Robert Frank at work. At this meeting he realized that « the world is moving and we can intercept this movement with a camera. » From the beginning of this study, our interest was directed at the moment being photographed since many of them play on sensitivity, which is also a central theme to Joel Meyerowitz’s work. This approach is also true for his photo titles: The blue hour, for example. The strong point of the composition is that the sky is in full communion with the sea. They merge completely. There is no fore — or background: the sky becomes as accessible as the sea, they are interchangeable. He plays with natural light, waiting for it to be diffuse and equal in order to produce this monochrome and infinite effect. Joel Meyerowitz achieved something quite intriguing with this picture, without using anything artificial. By waiting for the right moment, the right time, the right light, the right colours, he was able to produce this sensitive image that will evoke something different in everyone. In this same situation, many would have waited for a passing ship or bird. But he does the exact opposite, waiting for general emptiness before taking the photograph. This creates a feeling of latency because there is no identifiable element, no artefact or person to specify the photo’s temporality. It is as if he were fleeing the space, more interested in time, the space-time that has elapsed while the photo was taken and that we somehow feel when looking at it. Joel Meyerowitz is very conscious of where he chooses to takes photographs, but in the actual images the places or spaces themselves don’t really matter. On the contrary, they become subtopics to other themes such as space-time or urban energy. These places are still significant because they allow the photographer to reveal these elements; they are the backdrop for these experiments. This work on the abstraction of place is very interesting. It is indeed difficult to take a picture in which the viewer forgets where it is taken, and lead him away to appeal to his perceptions, to transmit emotions, the atmosphere that was in the first two series and the energy of street photography. Joel Meyerowitz’s work on space and photography allows us to understand that talking about space in photography does not necessarily mean describing a place or talking about depth, surface, size etc … To be interested in a space, in how it is shown in an image can highlight quite different issues. Space is a tool, it is a means, a support … It plays an important role in the composition of images. It is present but deliberately « erased », secondary to the real subject in order for the latter to emerge / to take place but also to be highlighted and enhanced by the photographer’s choice: the place and the frame.

 

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