048. Hitchock et les mères

enseignants : Vincent Jacques, Sophie Fesdjian, Pierre Gaudin
étudiante : Hélène Courcol
// Troisième année

D’une façon générale, le rôle de la mère est très souvent abordé dans le cinéma et dans la littérature. Dans certain cas, le rôle de mère prend le pas sur le rôle de femme. Ce sujet de la mère va jusqu’à l’obsession chez certains : Almodovar, par exemple, avec des films comme Tout sur ma mère, Volver, Talons Aiguilles. Il y a aussi des mères terribles, comme celle que décrit Hervé Bazin dans Vipère au poing. Chez Hitchcock, la première distinction la plus évidente est que la mère n’est pas seulement déterminante de l’intrigue : elle en est le moteur. Elles sont nécessaires et déterminantes par rapport aux héros et sont très diverses : la mère américaine parfaite, la mère inquiète et les mères irresponsables. Au fur et à mesure, l’œuvre d’Hitchcock, plutôt après guerre, s’imprègne des théories freudiennes dont les mères sont les vecteurs les plus forts, comme par exemple : les mères castratrices, dramatiques ou comiques, et la mère émancipatrice.La mère la plus terrifiante est celle de Psycho. La mère est le fils et le fils est la mère. C’est l’aboutissement le plus absurde et le plus total de la mère castratrice. On ne sait comment ni pourquoi la mère est morte, mais si on fait l’hypothèse que son fils psychopathe l’a tuée, on peut dire qu’à travers ce meurtre, elle jouit d’une victoire totale sur son fils. C’est une mère qui ne laisse pas vivre et grandir son fils, elle le brime en permanence : la confusion mentale est totale : le fils refuse la mort de sa mère. Psycho n’est pas seulement le portrait d’un tueur psychopathe. On pourrait penser que c’est un film sur un fou, mais en réalité c’est l’archétype de la mère freudienne. Le thème de la mère castratrice est d’ailleurs abordé sur un thème plus léger dans d’autres œuvres d’Hitchcock : dans North by Northwest où la mère est une espèce d’écervelée envahissante toujours présente du début à la fin de la vie de son fils et To catch a thief où la mère apparaît comme un personnage immature qui envie la jeunesse de sa fille. La mère Marnie est sans doute la plus complexe et la plus intéressante des mères chez Hitchcock, d’un point de vue freudien. Elle incarne à elle seule plusieurs grands thèmes freudiens : l’inconscient, le refoulement, la culpabilité, le tabou. C’est une femme de devoir, mais il lui manque de l’affect : c’est une mère ultra protectrice. En endossant le meurtre commis par sa fille, elle engage chez elle comme chez sa fille un processus de refoulement : elle réécrit l’histoire. Le sujet devient un tabou ce qui transmet ce refoulement à sa fille, Marnie. Il y a plusieurs constante chez Hitchcock : L’enfant est unique à l’exception de Shadow of a doubt (la mère la moins freudienne sans doute de ce tableau) et partiellement de Birds, mais l’écart d’âge est tel entre le frère et la sœur que chacun d’eux peut apparaître comme un enfant unique. Par ailleurs, la mère est souvent une femme seule, dans la grande majorité des cas, sauf dans Shadow of a Doubt et dans Stangers On a train. Femme seule avec un enfant unique. N’est-ce pas d’ailleurs là tous leurs problèmes??

 

The mother role is often addressed in film and literature in general. In some cases, the mother takes over the role of woman. This mother subject becomes an obsession for some, like Almodovar for example in films like All About My Mother, Volver, Heels. There are also terrible mothers, like the one described in Hervé Bazin’s Viper in the Fist. In Hitchcock’s films, the most obvious characteristic is that mothers are not only crucial to the plot; they lead it. The hero can’t do without them and they come in a wide range: the perfect American mother, the worried one, the irresponsible one. Hitchcock’s postwar work absorbs Freudian theories in which mothers are very strong characters, casting the role of the castrating mother, the dramatic, the funny, the emancipatory mother. The most terrifying mother is the one in Psycho. The mother is the son and the son is the mother. It is the most total and absurd role of castrating mother. We don’t know how or why the mother is dead, but if we assume that she was killed by her psychopathic son, then this murder gives her total victory over him. Here is a mother who won’t let her son live and grow, but constantly bullies him: there is total mental confusion: the son denies his mother’s death. Psycho is not just a portrait of a psychopathic killer. One might think that this is a film about a madman, but in reality it is the archetype of the Freudian mother. The theme of the castrating mother is addressed in a lighter tone in several other films by Hitchcock: North by Northwest, in which the empty-headed and invasive mother remains present in her son’s life from beginning to end; and To Catch a Thief in which the immature mother is jealous of her daughter’s youth. Marnie’s mother is probably Hitchcock’s most complex and interesting from a Freudian perspective. She embodies several major Freudian themes: the subconscious, repression, guilt, taboo. She is a woman of duty, but lacks affect: she’s an over-protective mother. By taking responsibility for the murder her daughter committed, she initiates a process of repression both for herself and for her daughter: she rewrites history. The topic becomes a taboo and is thus passed on to her daughter Marnie. There are several constants in Hitchcock’s films: The child is always an only child, except in Shadow of a Doubt (the least Freudian mother of all), and in The Birds in which the age difference between brother and sister is such that they both grew up without siblings. In addition, the mother is a single in most cases, except in Shadow of a Doubt and Strangers on a Train. Single mother with a single child. Is that not the source of all their problems?

 

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