046. Habiter un espace atypique, une solution pour les locaux vacants

enseignants : Cristina Rossi, Richard Sabatier
étudiante : Clément Dauvilliers, Anne-Laure Remy
// Troisième année

En France, comme en Europe, on observe beaucoup de locaux vacants : 3,8 millions de mètres carré rien qu’en région Ile-de-France. Anciennement occupés par des entreprises, ces locaux sont désertés, peu ou pas entretenus. Ils deviennent parfois des lieux de squat ce qui engendre bon nombre de problèmes pour les sociétés propriétaires des bâtiments. La société Camelot, née au Pays-Bas, propose une solution de protection de ces locaux vacants pour éviter leur détérioration et le squat : c’est la protection par occupation. Le concept est simple : permettre d’occuper des locaux vacants (bureaux, restaurants, etc.) en tant que logement sans changer le statut de ces espaces. L’ancien local devient alors un lieu de résidence communautaire temporaire. […] D’après Marion Ségaud (2007), la notion d’appropriation est étroitement liée à celle de la temporalité. L’appropriation de l’espace est associée à la « territorialité », à la « proximité » et au privé et implique donc la durée et la continuité. Le dispositif de la société Camelot propose des logements pour une durée maximum de 18 mois avec un mois de préavis pour déménager. Ainsi, comment les occupants traitent la notion d’appropriation?? Les locataires ne sont autant attachés sentimentalement à ce type d’habitat, car ils ont connaissance d’une échéance. Perla Serfat-Garzon (2003) montre comment le chez-soi exprime un espace propre, celui de l’intimité qui est aussi identité. Elle identifie que des événements comme un exil, un cambriolage, un déménagement ou le manque d’un toit sont des atteintes à l’identité de l’habitant. Nous avons appris de la part de la société Camelot que différents profils étaient présents dans les locaux : un homme qui souhaite se rapprocher de son travail et utiliser cette protection par occupation comme une résidence secondaire (il rentre chez lui le week-end)?; un jeune travailleur de 26 ans qui débute dans la vie et n’a pas les fonds suffisants pour un autre logement?; un couple qui souhaite faire des économies en payant un loyer de 200 euros, etc. L’incertitude temporelle concernant son logement implique une appropriation incomplète. L’appropriation se réalise de façon subjective par les occupants. L’agencement, contraint par les règlements de Camelot, oblige les personnes à créer un décor temporaire par des meubles et des décorations pour occuper un espace qui n’est pas fait pour les accueillir. La temporalité restreinte ne permet pas de fixer un espace et le sentiment de la rupture de contrat à tout moment, ne marque pas une territorialité de l’habitat. L’implantation de la société Camelot, seule entreprise à proposer la protection par occupation, en France a été possible grâce à la mise en place d’une nouvelle loi : la loi Molle. C’est la première loi qui introduit le logement sous une forme précaire (dû à la temporalité) dans la juridiction française. Elle nous montre que la précarité n’est pas nécessairement négative. En effet, chaque acteur du système de protection par occupation arrive à tirer profit de ce dernier. Le propriétaire du local protège son bâtiment de toutes dégradations. La société Camelot fait des bénéfices, et l’occupant peut se loger pour une somme très inférieure au prix en cours sur le marché. De plus, les conditions qu’instaure Camelot pour le choix des futurs occupants, font que ces derniers sont tout à fait préparés et avertis de ce système et de sa temporalité. Cette étude nous interroge sur la réglementation française qui semble surprotéger le logement en instaurant énormément de contraintes. En cette période de crise de logement, ne faut-il pas légaliser et donc encadrer certaines pratiques, qui peuvent être précaires?? Une plus grande flexibilité de la loi permettrait peut-être de loger plus de personnes.

 

France, like the rest of Europe, contains a vast quantity of vacant space: 3,8 million square meters in Ile-de-France alone. These buildings previously occupied by businesses, are now deserted and receive little or no maintenance. Sometimes they are taken over by squatters, causing problems for the companies that own the buildings. A Dutch company called Camelot provides a solution to prevent dilapidation and squatters: to protect by occupying. The concept is simple: to allow empty premises (offices, restaurants, etc.) to be used as housing without changing their status. Vacant properties thus become temporary community housing. […] According to Marion Ségaud (2007) , the concept of ownership is closely linked to time. Appropriation of space is associated with « territoriality », « proximity » and private space, and therefore requires time and continuity. The concept of Camelot is to offer accommodation for a maximum period of 18 months, with a one-month notice period when moving out. So how do the occupants feel about ownership? Tenants are not as emotionally attached to this type of dwelling because they are conscious of a deadline. Perla Serfat-Garzon (2003) shows how the home means one’s own space, one of intimacy and therefore identity. She identifies events like exile, burglary, moving, or a lack of roof as damaging to a resident’s identity. The Camelot company showed us several different profiles of people occupying the premises: a man who wants to be closer to his work so uses this protection by occupation as a second home on weekdays; a young 26-year old who is just starting out professionally and does not yet have sufficient funds for a dwelling; a couple who wants to save money by paying a rent of only 200 euros, etc. The temporal uncertainty of this housing means incomplete ownership, which is subjective to the occupants. The layout, constrained by Camelot’s regulations, forces people to use temporary decoration and furniture to occupy a space that is not made to house them. The time limit means the space isn’t fixed, and the possibility of breaking the lease at any time means that there is no notion of territory. Camelot, the only company to offer protection occupation, was able to establish itself on the French market thanks to the introduction of a new law: the Molle law. It’s the first law to introduce precarious housing to French jurisdiction. It shows us that poverty is not necessarily negative. In fact, every player in the protection by occupation system benefits from it. The owner of the building protects it from damage. Camelot makes a profit and the occupant pays much less rent than current market prices. Camelot also ensures that future occupants are fully prepared and aware of the system and its time limit. This study raises questions about French legislation and the number of constraints which seem to overprotect housing. With the current housing crisis, should we not legalize and thus regulate certain practices, including short-term ones? Greater flexibility of the law would allow more people to afford even temporary homes

 

46