045. Habitat bétãmmaribé : cosmogonie d’une maison

enseignant : Léo Legendre
étudiante : Aude Marion
// deuxième année

Les Bétãmmaribé, Otãmmari au singulier, sont un peuple d’Afrique de l’Ouest, réparti entre le nord-ouest du Bénin, dans le département d’Atacora, et le nord-est du Togo. C’est l’une des principales composantes du peuple Somba. Leur implantation géographique ainsi que leur mode d’organisation éparse sur le territoire leur ont permis d’échapper au mieux à la colonisation allemande, ce qui explique sans doute que cette population a su et pu garder intact son mode de vie traditionnel. Chez les Bétãmmaribé, les limites matérielles et immatérielles de l’habitat sont entremêlées. L’esprit et le corps ne sont pas dissociés comme dans notre civilisation, mais forment bien les deux pendants d’une même entité. Le corps est en outre, comme dans de nombreuses civilisations, l’axe et la mesure de l’univers. La spatialisation des espaces répond à la conception cosmogonique de ce peuple, dont la dimension principale tient en deux divinités, l’une mâle, l’autre femelle, à l’origine de leur monde.
Le peuple Tamberma possède en effet deux divinités principales et de nombreux fétiches qui servent de messagers entre le dieu créateur et les vivants. Il s’agit de Kuiyé, le Dieu créateur incarné par le soleil, et Butan la déesse mère nourricière incarnée par la terre. Butan est considérée comme la mère ayant enfanté le monde, fécondé par le dieu Kuiyé. Dans l’univers Tamberma, toute chose présente sur terre est issue de l’union de ces deux divinités et, de ce fait, chaque élément terrestre est doté d’une âme. L’univers Tamberma est une totalité où profane et sacré, visible et invisible, matériel et immatériel, vie et mort sont les aspects complémentaires d’une même réalité. L’habitat Tamberma repose entièrement sur la forme circulaire. Il se construit et se développe autour d’un centre que constitue la chambre des ancêtres. De ce fait il revêt un caractère cosmogonique puisqu’il représente et contient symboliquement l’Univers tout entier. La maison (tékyenté), de forme circulaire, traduit une conception de l’habitation comme centre de l’univers. Sur le plan horizontal, les espaces sont sexués ou mixtes : au nord, les espaces attribués aux femmes, au sud les espaces attribués aux hommes, à l’image de l’ambivalence de l’être et de l’univers. Sur le plan vertical, la maison reproduit les trois niveaux cosmogoniques : le monde des morts, celui des vivants et celui des divinités. Le tékyenté n’a pas pour fonction première d’abriter ses habitants, mais d’être le gardien du souffle des morts et des forces alliés à la famille, c’est-à-dire d’être l’élément de mise en communication des 3 mondes : celui des vivants, des morts et des forces divines. La signification de la maison résume et assume donc les rapports entre l’homme et l’univers, entre la société et le monde surnaturel et immatériel.

 

The Bétãmmaribé, singular Otãmmari, are a population from West Africa that lives between the North-West of Benin in Atacora and the North-East of Togo. It is one of the main tribes of the Somba people. Geographic location and scattered organisation over the territory allowed them to escape German colonisation, which no doubt explains that this population was able to keep its traditional way of life intact. For the Bétãmmaribé, there is no limit between material and immaterial in housing. Spirit and body are not separate like in the West, but are two parts of one entity. The body is also the axis and measure of the universe, as in a number of civilisations. The main dimension of this people’s cosmogonic idea is based on two divinities, male and female, who created the world; this governs their concept of space. The Tamberma people have two main divinities and a number of spirits who act as messengers between the gods and the living. These are Kuiyé, the Creator incarnated by the sun, and Butan, the provider-mother incarnated by the Earth. Butan is considered to be the mother who gave birth to the world, impregnated by Kuiyé. In the Tamberma universe, all things on Earth come from the union of these two gods and therefore have a soul. In their world, sacred and profane, visible and invisible, material and immaterial, life and death are complementary aspects of a same reality. Tamberma villages and housing are organised in a circle. The dwellings are built around a round ancestors » room. It represents and symbolically contains the entire Universe. The round houses (tékyenté) also represent of the centre of the universe. Space is divided horizontally by gender: North is for women, South is reserved for men, echoing the ambivalence between beings and the universe. Vertically, the house represents three cosmogonic levels: the world of the dead, that of the living, and the gods. The main function of the tékyenté is not to shelter its inhabitants, but to protect the dead and the family’s allied power, that is the communication between the 3 worlds of the living, the dead, and the divine. The house’s meaning therefore summarises and embodies the relationship between man and universe, between society and the supernatural and immaterial world.

 

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