041. L’éternel

enseignant : Gwenaël Delhumeau
étudiante : Audrey Leteinturier
// Troisième année

Parler d’architecture c’est commencer par parler d’un architecte, d’un bâtiment ou d’un détail — pourquoi donc ne pas débuter sur les bases communes?? Le personnage le plus connu de tous, l’emblématique architecte Le Corbusier offre à lui seul matière à penser. Comment s’attaquer à la légende sans perdre pied?? […] Charles Edouard Jeanneret, d’origine Suisse, a construit 75 édifices dans douze pays et a élaboré 42 projets d’urbanisme importants. Il laisse 8000 dessins, plus de 400 tableaux, 44 sculptures et 27 cartons de tapisseries. Il a rédigé 34 livres, des centaines d’articles et de conférences. Contemporain de la diffusion de l’automobile et de l’avion, Le Corbusier est l’un des premiers professionnels à exercer simultanément son activité sur plusieurs continents, faisant figure d’architecte global avant l’heure. (…) Quelle est la relation entre construction, esthétique et éthique que présente le Corbusier?? Là où il semble s’être vraiment imposé est effectivement l’expression stylistique : il emploi l’angle droit, des plans hérités du cubisme, de l’abstraction du Bauhaus et de l’usinage des matériaux nouveaux, acier, béton, verre. Il imagine des organes fonctionnels par quoi il proportionne ses édifices, tels que les claustras, les pilotis, les loggias etc. Il utilisait et confrontait des matériaux qui étaient encore dans une phase expérimentale, se devant d’improviser. Il a senti son époque et dans la mesure où il a balayé l’ornementation au profit des formes pures, il était définitivement à l’avant – garde du modernisme. (…)Fortement intéressé par l’aspect esthétique et l’efficacité de ses ouvrages Le Corbusier cherche à employer de nouveaux matériaux et de nouvelles méthodes, cependant le fibrociment plus onéreux par rapport à d’autres matériaux alternatifs tel que le métal de part sa composition ainsi que son installation rendent sa mise en place difficile. De plus le système connaît des dimensions critiquables d’un point de vue thermique, structurel et sanitaire. En effet, l’assemblage est prévu via des éléments en fibrociment préfabriqué non conséquents d’un point de vue structurel, enfin, l’eternit est reconnu comme dangereux puisque laissant échapper des fibres d’amiante dans l’air. Le travail que fournit C.E Jeanneret sur l’amiante – ciment est le seul qui traite la plasticité du matériau avant son durcissement, il travaille donc entre deux états et cherche à fonder une société pour exploiter ses brevets. (…) Le Corbusier, dans les « rappels à MM. Les architectes16 » parus dès le premier numéro de la revue, publie des photos de bâtiments industriels américains qui selon lui, sont des magnifiques prémices du nouveau temps, « les ingénieurs américains écrasent de leur calculs l’architecture agonisante ». De même dans l’article intitulé « sur la Plastique » signé Ozenfant et Jeanneret, numéro un de L’Esprit nouveau, il est question d’esthétique scientifique : à telle « forme » ou à telle « couleur primaire » correspond telle « réaction primaire » du spectateur. L’art participe donc au vaste programme de standardisation entrepris entre autres par Le Corbusier : il n’y a pas d’œuvre d’art sans système. Octave Mirbeau commente la galerie des machines construite à Paris en 1889, dans le cadre de l’exposition universelle : « L’industrie marche de l’avant, explore l’inconnu, conquiert des formes ». L’idée d’un accord esthétique entre l’industrie et l’art est alors l’une des grandes utopies du mouvement moderne. En accord avec sa pensée l’ensemble des objets quotidiens toute l’architecture ainsi que le cadre urbain doit devenir un système. « L’artiste s’empare alors de l’équerre et de la calculette de l’ingénieur afin d’élaborer les standards dont sera faite la sensibilité moderne ». Le Corbusier cherche ainsi une plus grande rationalisation des méthodes de construction, il s’agit d’un projet machiniste où l’essentiel de sa réflexion théorique est alors amenée à se formuler en terme d’économie : économie des moyens et des méthodes de production, économie des formes. Industrialisation, éthique et esthétique, le Corbusier souhaite renouveler le goût populaire en se servant de la technique qu’il tente de fructifier. L’architecte se veut en sorte dictateur du « bon goût » et manipule à travers l’Esprit nouveau ses lecteurs. Publiant des photos de lui à côté d’automobiles performantes il guide en quelque sorte l’intellectuel, à connaître un style de vie nouveau, un style de vie moderne via la technique. Et sans technique pas de nouvelle esthétique. Cette thématique de l’esthétique et de la technique est finalement intemporelle à l’image même du personnage de Le Corbusier qui semble être toujours dans sa façon de fonctionner très actuel.

 

To talk about architecture is to begin by talking about an architect, a building or a detail – so why not start on common ground? The most famous character of all, the iconic architect Le Corbusier provides food for thought. How to tackle the legend without getting lost? […] Charles Edouard Jeanneret, of Swiss origin, constructed 75 buildings in twelve countries and developed 42 major urban projects. He left 8,000 drawings, over 400 paintings, 44 sculptures and 27 tapestries. He wrote 34 books, hundreds of articles and conferences. A contemporary of the automobile and the airplane, Le Corbusier is one of the first professionals to practice on several continents simultaneously, becoming a global architect before it become commonplace. (…) What is the relationship between construction, aesthetics and ethics according to Le Corbusier? He had great influence in stylistic expression: use of the right angle, plans based on Cubism and abstract Bauhaus, and the manufacture of new materials, steel, concrete and glass. He designed functional elements on which his building proportions were based, such as trellises, columns, balconies etc. He used materials that were still being developed, experimenting and improvising. He was in the spirit of his time and in getting rid of ornamentation in favour of pure form, he was definitely avant-garde to modernism. (…) Highly interested in the aesthetics and efficiency of his works, Le Corbusier sought to use new materials and new methods, though fibrocement, because of its composition and therefore cost, made it difficult to use compared to other alternative materials such as metal. In addition, the system can be criticised for from a thermal, structural, and sanitary point of view. Indeed, assembly of prefabricated cement elements were not necessarily structurally sound. Finally, the use of eternit is regarded as dangerous as it releases asbestos fibres into the air. CE Jeanneret’s work on asbestos-cement is the only one that deals with the plasticity of the material before it hardens. Le Corbusier sought to set up a company to exploit his patents. (…) Le Corbusier, in his « call to Messrs architects 16″ published from the first issue of the journal, published photos of American industrial buildings which he called beautiful beginnings of a new time, “American engineers crush agonising architecture with their calculations. » Similarly, an article entitled « On Plastic » by Ozenfant and Jeanneret, number one of Esprit Nouveau, speaks of scientific aesthetics: to every « shape » or « primary colour », the spectator has a « primary reaction”. Art therefore contributes to the standardization program undertaken by Le Corbusier among others: there is no work of art without a system. Octave Mirabeau commented on the gallery of machines built in Paris in 1889 as part of the universal Exhibition: « The industry is moving forward, exploring the unknown, conquering forms. » The idea of an aesthetic agreement between industry and art was one of the great utopias of the modern movement. In agreement with his thoughts, everyday objects and architecture as well as the urban environment must become a system. « The artist then takes the set square and the engineer’s calculator to develop standards on which modern sensibility will be based. » Le Corbusier thus sought a greater rationalization of construction methods, a machinist project in which most of his theories are then translated economically: economy of means and methods of production, economy of form. Industrialization, ethics and aesthetics, Le Corbusier wanted to reinvent mainstream taste by using this technique. He wanted to be a sort of dictator of « good taste » and manipulate his readers through Esprit Nouveau. Publishing pictures of himself next to performance cars, he guided the intellectual toward a new lifestyle, a style of modern life through technique. And without technique, no new aesthetic. This notion of aesthetics and technology is timeless down to the very image of Le Corbusier, who always seemed to be very current in the way he operated.

 

 

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41 – L’ETERNEL – Audrey Leteinturier