040. Les escaliers chez Hitchcock

enseignants : Vincent Jacques, Sophie Fesdjian, Pierre Gaudin
étudiante : Lucie Rossignol
// Troisième année

Les escaliers sont intéressants pour leur cinégénie, ils sont présents dans les scènes marquantes de films remarquables comme M le Maudit de Fritz Lang. L’escalier est un des éléments majeurs des films d’Hitchcock, il n’y a pas un film, après The 39 Steps, qui ne fasse figurer une volée de marches à un moment ou à un autre de l’intrigue. Prendre l’escalier chez Hitchcock, c’est s’exposer au danger. Il est le moyen de transport vers un lieu non sécurisé, voire un moyen non sécurisé en lui-même. Il joue un rôle primordial dans l’intrigue, il est acteur du suspense à part entière. Lieu de tension, il constitue un parcours stressant représentant la montée ou la descente vers l’angoisse. Ce mouvement d’ascension ou de descente est un moment rythmé par les marches et les pas, qui marquent les temps et accentuent le suspense, nous éloignant d’une extrémité de l’escalier et nous en rapprochant d’une autre, donc du danger. Ils sont abordés selon des détails, des éléments singuliers auxquels Hitchcock confère de l’importance. Dans Number 17, la balustrade de l’escalier est fragilisée, Ben s’appuie dessus et on peut la voir bouger. Plus tard, Rose et le détective Barton sont accrochés à la balustrade, le spectateur est conscient du danger qu’ils courent puisqu’il connaît la fragilité de cet élément qui ne manque pas de céder sous le poids des deux corps suspendus. L’escalier est la colonne vertébrale autour de laquelle se constitue l’intrigue, il n’est plus un objet du décor, c’est un élément qui se transforme en processus. Les différents types d’escaliers : escalier droit, escalier à retours, escalier en spirale vont de paires avec différentes manières de filmer. Ce sont des structures fragmentées, leurs effets de perspectives confinent les personnages puisque ce sont des espaces finis et restreints offrant des angles de vues intéressants grâce à leur verticalité et leur mouvement. L’escalier est à la fois le lieu ultime de la transition en relation avec ses extrémités, c’est-à-dire les lieux qui le précèdent et le succèdent. Il est également un lieu en soi, fort de significations, qui renvoie à des types d’actions qui sont des constantes dans les films d’Hitchcock, il devient un lieu qualifié : celui du doute, de la prise de conscience, de la fuite, ou encore de la chute. Dans Vertigo par exemple, l’escalier qui monte au clocher, qui est un espace démesurément étiré à la verticale est le lieu où Madeleine fuit Scottie afin de de jeter du haut de l’église. Scottie, paralysé par son acrophobie ne parvient pas à la rattraper. La fuite est exacerbée par la perspective que permet cet espace, que les deux corps gravissent à un rythme effréné. L’escalier est le lieu de l’action précipitée où le mouvement est chorégraphié. L’escalier est le lieu de la tension, l’espace propice au rythme. Grâce au temps réel et au parcours dans l’escalier, Hitchcock laisse au spectateur le temps de mesurer le danger : la crainte de ce dernier est, en effet, plus terrifiante. Chez Hitchcock, l’escalier est une métaphore. Figure de déplacement, il est synonyme de la mise en relation d’idées et de la compréhension. Les escaliers sont la colonne vertébrale du film et souvent son point culminant dans la montée de l’angoisse et du suspense. C’est lui qui donne le rythme. La caméra doit utiliser un autre champ que le simple gros plan et un angle toujours décalé et donc déstabilisant. L’alternance des vues en plongée et des contre-plongée permettent d’apercevoir l’escalier sous deux angles qui s’opposent et se complètent. Dans I Confess, Hitchcock traverse l’écran en haut d’un grand escalier monumental et signe sa spécificité, une des lignes directrices de ses films. « Tout ce qui se passe passe par l’escalier, tout ce qui arrive arrive par l’escalier » (G.Perec, La vie mode d’emploi).

 

Stairs are interesting for their cinematic quality. They are present in key scenes of remarkable films like Fritz Lang’s M. The staircase is one of the major elements of Hitchcock films; after The 39 Steps, he did not produce a single one which didn’t include a flight of stairs at some point. To take the stairs in a Hitchcock film is to expose oneself to danger. It is the means of transport to an unsecure location or an unsecure medium itself. It plays a key role in the plot as an element of suspense in itself, filled with tension: a stressful path representing the ascent or descent into anxiety. This ascent or descent is marked by the steps that accentuate suspense, pulling the viewer from one end of the stairs to the other, towards the danger. Individual stair elements which Hitchcock considers important are filmed in detail. In Number 17 the handrail is fragile: it moves when Ben leans on it. Thus later, when Rose and Detective Barton cling to the railing, the viewer is aware of the danger they face as he already knows of its fragility; and indeed it gives way under the weight of the two suspended bodies. The staircase is the core around which the plot develops: no longer simply decor, it is an active element that takes part in the process. The different types of stairs: straight, scissor, spiral, relate to different filming techniques. Fragmented structures, they confine the characters as they are tight, limited spaces offering interesting viewing angles thanks to their verticality and movement. The staircase is the ultimate transition between the places that it precedes and succeeds. It is also a place in itself, whose meaning is significant: place of doubt, awareness, flight or even fall. In Vertigo, for example, the staircase up to the bell tower is exaggeratedly stretched vertically; Madeleine flees Scottie up the stairs to throw herself off the top of the church. Scottie is paralyzed by acrophobia and cannot catch up. The flight is exaggerated by perspective, the two bodies racing up the stairs. The staircase is a place of precipitated action in which movement is choreographed; a place of tension, pace, rhythm. Filming scenes on stairs in real time gives the viewer time to measure the danger: the fear of the danger is, in fact, more terrifying. For Hitchcock, the staircase is a metaphor. It represents movement, linking ideas and understanding. Stairs are central to his films as the peak of anxiety and suspense. The stair sets the pace. The camera must use another angle than the simple close-up, which is unsettling. These alternating views show the stairs from two opposite and complementary angles. In I Confess, Hitchcock signs a cameo as he walks across a monumental staircase, identifying the stair as the guideline of his films. « Everything that happens, happens via the stairs, whatever comes, comes via the stairs » (G.Perec, Life user guide).

 

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