039. Enceinte urbaine de palais, Belle-Île-en-Mer

enseignant : Gilles-Antoine Langlois
étudiant : Jonathan Lephay
// Master

Perdue sur une île trop connue, l’enceinte de Palais tente de résister à une végétation excédante qui gagne du terrain. La question est complexe, le charme de cet espace est créé par celui même qui le consume…
Si l’ennemi parvient à dépasser la contrescarpe, le Français sera le recevoir. Sous les mètres et les mètres de terre, les fantassins sont disposés dans les casemates, prêts à faire feu.
Seulement, ici, aucun crâne ne jonche le sol : l’enceinte n’a jamais subi l’épreuve du feu.
Pour échapper aux boulets, les constructions militaires, au fil des siècles, ont fondu jusqu’à s’enterrer. Pour cela, les ingénieurs du génie ont pensé aux infiltrations et à l’humidité qui menacent la construction. C’est pourquoi des procédés techniques ont été mis en place : revêtement en goudron, gargouilles, rigoles. Ces ingénieux systèmes permettaient aux fortifications de canaliser les eaux et de subsister en milieu hostile.
Aujourd’hui les revêtements sont perméables, les rigoles sont bouchées, les murs percés par de jeunes arbustes : la nature reprend ses droits. L’ensemble de l’enceinte est classé au titre des monuments historiques, et pourtant cela n’empêche que peu le patrimoine de se désagréger. Pourquoi?? Il y a plusieurs raisons.
A la fin du XVII siècle, Vauban effectue plusieurs voyages à Belle-Île-en-Mer afin d’apporter des améliorations à la citadelle existante et de créer de nouveaux ouvrages militaires sur l’île. Il exprime son souhait de doter le village de Palais d’une enceinte, afin de sécuriser le port et les hauteurs situés à proximité de la citadelle. Les finances du royaume ne permettront pas cette construction. Cent ans plus tard, les anglais prendront la place-forte de Belle-Île en bombardant la citadelle depuis les points stratégiques craints par Vauban.
La nécessité de protéger ces lieux devient alors urgente en cas d’un second assaut. Le chantier débutera en 1802 et éprouvera de nombreuses interruptions pour finalement se terminer en 1877. Durant toute cette période, la construction ne subira aucune attaque pour se trouver en définitive disqualifiée par les technologies militaires modernes.
Dominant le village de Palais, l’enceinte s’efface sous une végétation luxuriante, les voitures la traversent mais ne s’y arrêtent pas, les promeneurs ne la voient pas et continuent leur route, pendant ce temps, le vent ronge la roche et les murs se détériorent.
L’implantation de l’édifice exprime une fine compréhension du paysage et de ses spécificités : la topographie, les sources, la nature des sols sont autant de raisons qui définissent ces choix. L’édifice tel un caméléon exprime l’absence. Depuis l’extérieur, l’enceinte se mêle à la ligne d’horizon sans faire de vague. Mais derrière cette ligne qui sépare terre et ciel, un redoutable mécanisme tactique se cache. Du pont levis à la poudrière, de la banquette de tirs à la poterne, les éléments de l’enceinte se coordonnent sans un pas de travers.
La limite est spatiale. Il y a un dehors, un dedans et un entre deux. Comment définir cette espace?? Comment considérer ce site?? Nous connaissons les citadelles par le plan. Une étoile qui vibre, qui protège un centre, un noyau. Seulement, une fois à l’intérieur, le plan n’est plus qu’un souvenir : les branches de l’étoile se déforment, s’aplatissent pour devenir de puissantes et profondes perspectives.
Entre remparts de schiste, océan atlantique et profusion de végétation, l’enceinte nous questionne.
Que faire de cette construction, faut-t-il la laisser se perdre entre les racines?? Faut-il tout couper??
Faut-il l’aménager??
L’usage a disparu mais les formes qui en découlent subsistent, est-ce que la puissance de ces formes autorise un réemploi?? Est-ce qu’un projet ne serait-t-il pas destructeur de la poésie de ce paysage??
La totalité de l’édifice est classée, ce qui ne permet quasiment que la fiction. L’édifice questionne, cherchons quelques réponses.

 

Nature is creeping up on the resisting Palais fort on the popular island of Belle-Ile. The issue is complex, the charm of the place created by the vegetation consuming it…
If the enemy is able to scale the walls, the French will be waiting to welcome it. Under volumes of earth, soldiers await in bunkers, guns at the ready.
But here no bones litter the ground: the enclosure has never been under fire. Over time, the military constructions were sunk to escape the cannon and are now underground. The engineers of the past thought to counter the threat of water damage and humidity with drainage and tar covering. These ingenious systems allowed the fortifications to channel water and survive in a hostile environment.
Today the coating has become permeable, the channels are blocked, and saplings grow through the walls: nature has taken over. The fort has been classified a Historic Monument, but this doesn’t stop the heritage from slowly crumbling. Why? There are several reasons for this.

At the end of the 17th century, Vauban travelled to Belle-Ile-en-Mer several times in order to improve the existing citadel and undertake new military works on the island. He expressed his desire to create a wall around Palais to protect the harbour and the village heights near the citadel, but the kingdom could not finance construction at the time. A century later, the British took the stronghold of Belle-Ile by bombarding the citadel from the strategic locations that Vauban had feared.
It became urgent to protect these sites from a second attack. Construction started in 1802 and despite a number of interruptions, finished in 1877. There were no attacks on the island during this time, making the new walls already obsolete in the face of modern military technology.
Dominating the village, the fort disappears under lush vegetation; cars cross it but do not stop; pedestrians don’t see it and keep walking as the wind erodes the rock and the walls crumble.
The building location shows an understanding of the landscape and its characteristics: topography, springs, the nature of the ground all influence the choices made. The chameleon building expresses absence. From the outside, the fort blends in with the horizon. But behind this line separating earth and sky hides a formidable tactical machine. From drawbridge to powder magazine, fire step to postern, the elements of the fort are perfectly coordinated.
The limit is spatial. There is an inside, an outside, and an in-between. How is this last defined? We know the plan of the citadels: a vibrant star protecting a core, a centre. Upon entering however, the plan is but a memory: the branches warp, stretch to become deep and powerful perspectives.

Between rampart and schism, the Atlantic Ocean and dense vegetation, the fort raises questions.
What to do with this construction; leave it or get lost in its roots? Should nature be cut down?
Should it be developed?
The fortification is no longer useful but the forms remain; are they powerful enough to be reused? Would a new project destroy the poetry of the site?
The whole of the site is protected, allowing room only for fiction.
The building questions; let us look for answers.

 

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