038. La dualité homme/femme chez les Baruya

enseignant : Léo Legendre
étudiante : Aude Marion
// deuxième année

Les Baruya sont un peuple des hautes terres de Papouasie, découvert en 1960 et dont la hiérarchie sociale est fondée sur la soumission, l’absorption du féminin par le masculin. Un rapport de force constant s’exerce entre les deux sexes. Cette dualité, qui part d’une opposition corporelle, est retranscrite dans l’espace, dans les rituels de passage à l’âge adulte et dans les mythes de création pour maintenir l’ordre social. Tout est mis en place pour promouvoir et célébrer la supériorité masculine et renforcer l’infériorité féminine.
Les premiers signes de soumission des femmes sont visibles dans les lieux d’habitation. Le village est divisé en 3 zones :
— dominant le village, une ou plusieurs maisons d’hommes entourées d’une palissade délimitant un espace strictement interdit aux femmes.
— à l’opposé, en contrebas, plusieurs maisons de femmes construites pour les accueillir lorsqu’elles ont leurs règles ou qu’elles accouchent, strictement interdites aux hommes.
— au centre, entre ces deux pôles, le lieu des habitations.
Les maisons sont divisées en deux parties par une ligne invisible qui passe au milieu du foyer. Dans le demi-cercle proche de la porte vivent les femmes et les enfants, dans l’autre moitié se trouve l’espace du mari. Pour les Baruya, la femme, par son sexe, attire constamment les puissances maléfiques du monde invisible et aide, consciemment ou pas, à intervenir négativement sur l’ordre cosmique et sur l’ordre social. Cette dualité découle en fait d’une méfiance, d’une peur des hommes à l’égard des femmes. C’est la raison pour laquelle ces derniers exercent un contrôle complet sur les femmes afin qu’elles mettent leur intelligence, leurs capacités, leurs pouvoirs (de reproduction) au service de leur maintien au sommet de l’échelle sociale. Le pouvoir des hommes est donc très ambivalent puisqu’il repose à la fois sur le dénigrement explicite des pouvoirs féminins et sur la reconnaissance implicite de leur existence. Cet équilibre fragile et complexe a suscité dans la société Baruya un travail idéologique ingénieux et subtil. Le village Baruya, comme la maison familiale, est constitué d’un cercle avec les hommes d’un côté et les femmes de l’autre. Cette opposition nette, dessinée dans l’espace, permet de délimiter dès le plus jeune age la frontière entre l’homme et la femme. Les divinités qui sont à l’origine de la création ont également un rang social : Soleil, divinité mâle, se positionne au-dessus de Lune, divinité à la fois femelle et frère cadet de Soleil. Ceci permet d’instaurer une hiérarchie sociale où l’homme se positionne au-dessus de la femme et où le jeune initié se positionne en dessous des aînés. Enfin, à travers les mythes et les traditions, les hommes (selon leur position sociale) s’élèvent vers les dieux et les femmes sont davantage considérées comme orientées vers les mauvais esprits en raison de la menace qu’elles représentent.

 

The Baruya live in the highlands of Papua. This population discovered in 1960 base their social order on submission, the masculine absorbing the feminine. There is a constant power struggle between the two sexes. This physical duality is mirrored in the organisation of space, in the rites of passage to become an adult, and in the myths of creation to maintain social order. All aspects of society promote and celebrate masculine superiority and reinforce feminine inferiority.
The first signs of female submission are visible in the village layout, divided into three zones:
— Dominating the village are one or several men’s houses surrounded by a fence demarcating the area forbidden to women
— Below these, several women’s houses forbidden to men for when they are menstruating or giving birth
— In the middle, between these two areas, the dwellings.
The houses are divided in two by an invisible line that runs through the middle of the foyer. The women and children live in the half-circle near the door, the husband in the other half. The Baruya believe that females constantly attract the evil spirits of the invisible world, thus participating, consciously or not, in negative intervention on cosmic and social order. This duality is based on distrust, of men being afraid of women. This is why they maintain complete control over the women to put their intelligence, capabilities, and powers of reproduction into ensuring the men’s place at the top of the pecking order. Men’s power is ambivalent as it rests on the explicit disdain for female powers and the implicit acceptance of their existence. This fragile and complex balance means the Baruya ideology must be ingenious and subtle. The layout of the Baruya village is much like the family home: a circle with men on one side and women on the other. This clear opposition in space divides the sexes from a very young age. The gods of creation also have a social order: sun, a male divinity, is above moon, both a female divinity and the sun’s younger brother. This places men above women and elders above the young initiate. Finally, through myths and traditions, men (according to their social position) are elevated towards the gods while women are seen as oriented towards evil spirits because of the threat that they present.

 

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BARUYA Aude Marion (à contacter pour plus d’image)