037. Le cri

enseignants : Vincent Jacques, Sophie Fesdjian, Pierre Gaudin
étudiante : Charlotte Gaillard
// Troisième année

Outre le fait que le cri soit considéré comme un accessoire/objet qui définit l’identité des personnages et qui est mis en avant par d’autres facteurs, il fait parti d’une rythmique sonore, qui influe sur le suspense produit. La musique est une composante importante dans les films Hitchcockiens, dont Hermann en est pour la plupart des films l’auteur. Le dialogue établi entre la musique, le silence, le dialogue et le cri contribue au fait que l’on ne s’ennuie jamais. Il n’y a pas de moment de latence, et chaque scène est caractérisée par sa musicalité. La place du cri, dans cette logique est étudiée de manière à ce qu’il soit mis en avant. Parfois la musique prévient, annonce le cri, comme c’est le cas dans Psychose, où Lila découvre le corps empaillé de la mère de Norman. La musique, composée essentiellement de violon, devient de plus en plus rapide et le son fort. La cadence s’accélère, le suspense monte, il n’y a aucun dialogue, Lila voit une porte, et l’ouvre, le suspense est à son comble, les notes de violons sont de plus en plus présentes et agressives, Mais qu’y a t-il derrière cette porte?? Lila va t-elle se faire tuer?? Puis la porte s’ouvre, le corps empaillé se retourne, sous une nappe de notes stridentes faisant grincer les dents. La musique s’arrête et laisse place au cri, apogée de la montée du suspens. Dans 39 Marches, la première scène de cri est particulière car elle concerne la foule, en 3 étapes. Tout d’abord, s’enchaîne un dialogue entre l’homme sur la scène qui répond au questions du public et les personnes du public. Puis une bagarre éclate, alors le brouhaha du public commence, et le fond sonore augmente de plus en plus. Jusqu’au coup de feu qui retentit d’un coup d’un seul parmi la foule suivi d’un quart de seconde de silence, témoignant de la stupéfaction du public, puis les nombreux cris de la foule se mêlant les uns aux autres. Cette rythmique met en avant le cri, que l’on perçoit différemment avant le coup de feu et après. En effet les premiers cris mêlés au brouhaha ont l’effet d’un vacarme dû à la quantité de personnes qui parlent dans le bar, qui s’esclaffent, ou débattent en parlant plus fort les uns que les autres, tandis que les cris après le coup de feu témoignent d’une agitation qui est due à la peur générale. Un dernier exemple, dont Hitchcock est le plus fier, est dans Psychose. Marion est dans sa chambre et prend conscience de l’erreur qu’elle a commise en volant l’argent de son patron. Ce plan est accompagné de notes de violons, douces mais inquiétantes, qui laissent planer le doute. Des notes longues qui alternent entre aiguës et graves. Puis Marion entre dans la salle de bains, et la musique s’arrête au moment où elle referme la porte. L’absence de musique chez Hitchcock n’est pas bon signe pour le personnage sur lequel la caméra est fixée. Nous entendons alors encore le bruit de la chasse d’eau puis Marion entre dans la baignoire et c’est le silence total. S’ensuit le bruit du rideau de douche, du plastique qui protège le savon, puis l’eau qui sort de la pomme de douche. On observe Marion se laver à la manière d’un voyeur, en temps réel, puis la caméra se fixe sur le rideau de douche. Nous avons le privilège en tant que spectateur de voir ce que Marion ne voit pas. La porte de la salle de bains s’ouvre, une ombre foncée se rapproche du rideau petit à petit. La personne ouvre le rideau, et au même moment les notes de violons apparaissent, nettes, saccadées, courtes et très stridentes, à tel point que le cri de Marion se confond avec. Puis la scène de meurtre se produit, les cris de Marion s’enchaînent en cadence avec les notes de violons. C’est un véritable dialogue qui s’établit entre la musique et le cri, la rythmique est telle qu’il n’y a pas de silence, et que l’ampleur du meurtre est à son comble. Le duo musique/cri, s’estompe lorsque Marion est en train de périr. Nous n’entendons plus que les notes de violons, graves, et longues, pour témoigner de l’horreur de la scène mais également du fait qu’elle soit irréversible, ce qui vient de se passer est fatal et rien ne pourra y changer. Puis retour au bruit de l’eau qui continue de couler, marquant le temps réel, le temps qu’il faut pour tuer.

 

A shriek is considered an accessory/object highlighted by other factors and defining the identity of the characters, as well as a sound that influences suspense. Music is an important component in Hitchcock’s films, which Hermann did most of the soundtracks for. The balance of music, silence, dialogue and shrieks ensures that we never get bored. No time is lost, and each scene is characterized by its music. Cries are emphasized. Sometimes music pre-empts, announces a shriek, as is the case in Psycho, when Lila finds the stuffed body of Norman’s mother. The music, mainly violins, becomes faster and louder. The pace quickens, the suspense rises, there is no dialogue; Lila sees a door and opens it, the suspense is at its peak, the violin notes are loud and aggressive. But what is behind that door? Will Lila be killed? Then the door opens, strident notes accompanying the stuffed body as it turns around. Then the music stops, leaving silence for her to shriek, at the climax of suspense. In 39 Steps, the first shrieking scene is unique because it involves the crowd, in 3 stages. First there is a dialogue, the man on stage answering questions from members of the public. Then a fight breaks out, the public becomes agitated, the background noise increases; until a shot rings out suddenly in the crowd, followed by a second of silence testifying to the amazement of the audience, before they break out in cries of fear. Emphasis is thus placed on the different yells before and after the gunshot. Indeed, the first shouts simply sound like noise caused by the amount of people talking in the bar, who burst out laughing, talking or debating louder than one other. The cries after the gunshot are of general fear. A last example, one which Hitchcock is most proud of, is in Psycho. Marion is in her room and realizes the mistake she has committed in stealing money from her boss. This sequence is accompanied by violin notes, gentle but disturbing so as to cast doubt, long notes that alternate between high and low. Marion then enters the bathroom, and the music stops when she closes the door. The absence of music in Hitchcock’s films is never a good sign for the character being filmed. We hear the sound a flush then Marion steps into the bath in total silence. We then hear the shower curtain, the rustling of the soap’s plastic cover, running water. We voyeuristically watch Marion wash in real time, then the camera stops on the shower curtain. As viewers, we see what Marion cannot. The bathroom door opens, a dark shadow slowly approaches the curtain. As that person rips opens the shower curtain, short, sharp, staccato, and very strident violin notes accompany Marion’s shriek of terror. Then the murder scene occurs, Marion’s cries of fear in time with the violin notes. There is dialogue between the music and the shrieking, creating a rhythm in which there is no silence, in which the murder is at its peak. The music/shrieking duo fades as Marion perishes, until all we can hear are low, long violin notes that bear witness to the horror of the scene and its irreversible nature: what has just happened is fatal and nothing can change that. Then once again the sound of running water in real time, the time it takes to kill.

 

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