035. Le cheminement vers la vérité

enseignants : Vincent Jacques, Sophie Fesdjian, Pierre Gaudin
étudiante : Agathe Thubert
// Troisième année

Nombreux sont les sujets autour du cinéma d’Hitchcock et son travail sur le suspense a souvent été considéré comme un travail autour de l’énigme. Cependant, Hitchcock, dans la grande majorité de ses films, nous donne à connaître le coupable dès les premières minutes. Son but n’est donc pas de nous faire découvrir le coupable mais de nous amener à faire un cheminement vers la vérité au travers des différents personnages présents dans l’énigme et des situations auxquelles ils seront amenés à faire face. Le suspense créé par Hitchcock est présent dans la longueur d’un plan, la transmission d’une émotion, d’une passion qui ne peut être révélée que par le regard. Le regard, catalyseur de toutes les fictions d’Hitchcock est révélateur d’information. Tout ce qui a trait au regard, à la vue (lunette, jumelles, objectif etc.) mais aussi à l’action de regarder (détective, voyeur etc.) est très présent dans ses films. A travers le regard se cache le savoir et c’est à ce savoir qu’Hitchcock veut nous faire accéder. Le regard est un support physique pour faire comprendre sans utiliser la parole. Hitchcock, dans sa manière de filmer le regard, le choix des plans et de leurs enchaînements, nous fait capter quelque chose d’immatériel qu’est la pensée. Que pense le personnage intérieurement?? Que sait-il de sa situation et que sait-on qu’il ne sait pas?? Hitchcock nous prend par la main et nous donne au travers de ses plans, de manière quasi pédagogique, le raisonnement des personnages. C’est pourquoi un story-board avait préalablement été dessiné et que chaque seconde de pellicule était préparée et maîtrisée. Le maître mot était : donner l’accent sur l’action et le mouvement. C’est donc là que le cheminement de la pensée viendra se matérialiser. […] Lorsque le raisonnement du personnage vient rejoindre celui du spectateur, il a alors pris conscience de sa situation. A cet instant, tous les personnages sont au même niveau d’information y compris le spectateur. Cette prise de conscience est l’aboutissement du cheminement de la pensée. Ce cheminement qui a été révélé, soit par des objets, soit par des actions et ce au travers de gros plans enchaînés dont le rythme permet de comprendre la pensée du personnage. Ainsi, c’est par ces mêmes principes que la prise de conscience est amenée. […] C’est ce cheminement qu’il nous montre au travers de plans cadrés de façon à véhiculer un maximum d’informations. Hitchcock se plaît à jouer avec nos sentiments, il nous manipule en trompant notre regard et nous montre l’importance de nos préjugés. Le cinéma est le lieu de l’observation par excellence et dans ses films, Hitchcock donne tout les droits aux spectateurs pour regarder et analyser les personnages ou les situations de l’extérieur comme de l’intérieur : il leur permet ainsi d’être voyeuriste ou encore de se mettre dans la peau de l’homme le plus banal victime d’aventures les plus extraordinaires. Finalement, nous accédons toujours à cette vérité mais le chemin emprunté est bien chaotique. Hitchcock nous permet par ce cheminement complexe de mettre ainsi nos émotions à rude épreuve dans notre quête intense de vérité. Grâce à son talent cinématographique Hitchcock nous fait accéder de façon quasi physique à la complexité des méandres de nos pensées humaines.

 

There are many Hitchcock film topics and his suspense work is often classified as Mystery. However, in the vast majority of his films, Hitchcock reveals the culprit in the first minutes. His intent is not to make us guess who the culprit is but to guide us towards truth through the different characters and the situations that they face. Suspense is present for the duration of a whole scene, of an emotion, a passion that is revealed in one look. Hitchcock reveals information through the protagonists » expressions. Anything relating to eyes, to looking (telescope, binoculars, lens etc.) but also to seeing (detective, peeping tom, etc.) is very present in his films. The eyes reveal hidden knowledge that Hitchcock wants us to discover, a physical medium to help the viewer understand without words. In his choice of filming, choice of plans and their sequences, he transmits intangible thoughts. What is the character thinking? What does he know or not know? Hitchcock takes us by the hand and guides us to understand the characters. This is why he starts by drawing up a storyboard to prepare and control every second of every film. He wants to emphasize action and movement, through which thoughts are revealed. […] When the character’s reasoning is the same as the viewer’s, it means he is aware of the situation. At this point, all of the characters share the same level of information as the viewer. This awareness is the result of a train of thought. This journey through the mind is revealed through objects or actions, in a series of close-ups at a pace that shows us what the character is thinking. These same elements lead to awareness. […] It is this journey that Hitchcock reveals through views framed so as to convey the most information. He likes to play with our feelings, he manipulates us, deceives us to show us how biased we are. Cinema is foremost an art of observation, and in his films, Hitchcock provides full access to the characters or situations and what is happening in the mind: it allows the viewer to be voyeuristic, to be in in the shoes of the most boring man , victim of the most extraordinary adventures. We always reach the truth eventually, despite the journey there being rather chaotic. Hitchcock puts our emotions to the test in our intense search for truth. His cinematic talent gives us almost physical access to the complexity and intricacies of human thought.

 

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