031. Le bal des géants

enseignant : Gwenaël Delhumeau
étudiante : Aurélie Etienne
// Troisième année

« Les villes ont grandi et se sont transformées en des structures tellement complexes et ingérables qu’il est difficile de se souvenir qu’elles existent d’abord et avant tout pour subvenir aux besoins humains et sociaux des communautés » 1. Aujourd’hui, il apparaît que la ville est faite de multiples réseaux et connexions que l’architecte, autres, se doit de réfléchir et de penser pour les années à venir. En effet, étant donné la conjoncture économique actuelle et les enjeux politiques et sociaux de la société occidentale, il me semble important de tenter de capter la complexité de la ville par la compréhension des réflexions engagées par les acteurs qui la pensent. Chaque architecte est-il empreint à une certaine sensibilité qu’il traduit à travers un geste?? Quelle peut-être l’empreinte de l’architecte sur la ville et la société?? A travers la réalisation d’icônes, certains architectes tentent-ils de représenter l’irreprésentable?? Ce questionnement sera mené à travers le processus de conception de deux architectes contemporains majeurs.Pourrait-on dire que Richard Rogers décompose l’objet architectural pour le penser sous toutes ses coutures alors que Frank Gehry vient au contraire sculpter, modeler l’objet pour mener sa réflexion et en tirer par-là une force créatrice?? (…) La maison type de Rogers est décomposable en couches successives afin de rentrer dans les entrailles du projet. Elle est recouverte de panneaux de métal colorés vissés sur des tasseaux eux-mêmes vissés sur la structure primaire en bois. Ceci fait office de peau opaque, carapace du projet qui n’est justement pas, dans le travail de Frank Gehry, la finalité de sa réflexion mais bien l’origine. Déshabillée, la structure primaire révèle des plug-ins, des blocs 3D, que l’architecte est venu insérer dans la structure. Imaginons maintenant cette boîte sans son parement de métal, ses plug-ins 3D et panneaux de toitures et planchers. La déconstruction de son objet architectural permet de mettre en lumière le procédé traditionnel de la construction
bois du tenon mortaise qui fait justement projet. F. Gehry, quant à lui, associe et défait des bandes de papier pour parvenir à un patchwork américain grâce auquel il semble exprimer les prémices de sa sensibilité architecturale. Dans cette même logique inverse, il semblerait que le processus établi par Rogers soit pragmatique alors que l’approche de Gehry relève plutôt d’un caractère sensible. Cet architecte s’exprime dans la gestuelle architecturale. Cependant, le processus de l’architecte ne s’établit-il toujours pas dans un rapport à la matérialité?? L’empreinte architecturale de Frank Gehry comme celle de Richard Rogers s’exprime peut-être justement dans la mise en exergue des matériaux et la recherche du détail technique constructif qui fait que cela marche, que le patchwork de formes se connecte et s’irrigue. (…) A leur manière, Richard Rogers dans l’opacité et Frank Gehry dans l’exhibitionnisme proposent des objets architecturaux très différents tatoués de leur sensibilité architecturale. Leur processus s’édifie à travers leurs constructions et se traduit au monde. Pionnier du High Tech, il semblerait que pour Richard Rogers la grandeur du geste n’ait plus tant d’importance dans le microcosme architectural. Au tournant des années 2000, son empreinte architecturale ne semble plus tant s’exprimer dans l’édification de réels chefs d’œuvre mais dans la recherche de multiples petites opérations telles qu’Oxley Wood alors que Frank Gehry maintient peut-être sa volonté de faire de l’architecture exceptionnelle par la recherche approfondie et très complexe de structures toujours plus innovantes. Finalement, leur regard sur la société et leurs ambitions propres d’architectes les ont mené à proposer des architectures expressives qui traduisent, à leur manière, l’ensemble des procédures qui font la genèse du projet. Bien plus que de simples réalisations, les deux architectes sont parvenus à créer de véritables icônes, architectures de permanence et de transformation. Les premiers traits de crayon de Rogers et Gehry révèlent une révolution culturelle dans les filières de la construction puisqu’ils engendrent le renouvellement des techniques, des savoir-faire et poussent à l’innovation technologique dans leur univers respectif. Leur œuvre architecturale semble « exprimer et célébrer la vitesse toujours plus rapide du changement social, technique, politique et économique » (A Modern View by R.Rogers, 1990 – 2013, p45).

 

« Cities have grown and evolved into such complex and unmanageable structures it is difficult to remember that they exist first and foremost to meet the human and social needs of communities. »1 Today cities are made up of multiple networks and connections that the architect, amongst others, must reflect on and think of for years to come. Indeed, given the current economic context and the political and social issues of Western society, it seems important to try to capture the complexity of the city by understanding the thought process of those who partake in planning its future. Is every architect prone to a certain sensitivity that they translate through a gesture? What is the architect’s imprint on a city and society? Are some architects trying to represent the unrepresentable through the creation of icons? These questions are addressed in a study on the design process of two major contemporary architects. Could it be said that Richard Rogers breaks up the architectural object to design its every angle while Frank Gehry, on the contrary, takes creativity out of sculpting and modelling the object as a whole? (…) The typical Rogers house is broken down into layers to get to the guts of the project. It is clad with coloured metal panels screwed onto battens attached to the main timber structure. This is like an opaque skin, a shell, which in Frank Gehry’s work is not the result of a design but the origin of it. Analysis of the primary structure reveals plug-ins, 3D blocks inserted by the architect. Let us now imagine this box without its metal cladding, 3D plug-ins, roof and floors. This deconstruction highlights the traditional method of tenon and mortise joinery in timber construction. As for F. Gehry, he combines and shreds strips of paper to create an American patchwork on which to base his architectural sensibility. It would seem that the design process is the same but inverted: Rogers adopts a more pragmatic approach while Gehry’s is of a more sensitive nature, echoed in architectural gestures. But doesn’t the architectural process directly relate to material? Designs by the likes of Frank Gehry and Richard Rogers are perhaps expressed through the emphasis on materials and technical construction details that bring the patchwork together. (…) In their own way, Richard Rogers in opacity and Frank Gehry in exhibitionism offer various architectural objects imprinted with their architectural sensibility. Their process takes shape through their buildings. A high tech pioneer, it seems that to Richard Rogers the size of the gesture is of less importance than the architectural microcosm. In the early 2000s, his focus is less on designing great masterpieces, favouring numerous small projects such as Oxley Wood; whereas Frank Gehry remains willing to make exceptional architecture through extensive research and increasingly complex innovative structures. Finally, their views on society and their architectural ambitions have led to expressive architecture that in its own way reflects the process at the heart of any project. More than just buildings, both architects have created true icons, permanent and changing architecture. Rogers and Gehry’s concept sketches reveal a cultural revolution in construction, embodying new techniques and know-how and encouraging technological innovation. Their architectural work seems « to express and celebrate the increasing speed of social, technical, political and economic change » (A Modern View by R.Rogers, 1990-2013, p45).

 

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