023. Taïba – Petersen – Grand Dakar

auteur : Jean-Christophe Quinton

En choisissant le bidonville de Taïba, le marché Petersen au cœur de Grand Dakar, le partenariat élaboré entre l’école d’architecture de Versailles et celle de Dakar propose un terrain concret, socialement stigmatisé, urbainement enclavé, architecturalement sommaire qui a obligé les étudiants à se confronter aux questions premières de leur métier :
Comment participer à une amélioration ambitieuse des conditions de vie au cœur de Dakar ? Comment faire émerger une pratique conceptuelle à la fois sensible et opérationnelle ? Comment identifier les ressources locales sur lesquelles fonder une mise en forme urbaine et architecturale ? Le premier objectif du voyage a été de placer les étudiants français et sénégalais, ensemble. Il a aussi été l’occasion de sensibiliser les étudiants aux problématiques d’un territoire a priori inaccessible et d’identifier les ressources inattendues pour les soulager. Un protocole opérationnel a visé d’une part à immerger ses acteurs dans ce milieu étranger, et d’autre part à les en extraire afin de leur fournir le cadre d’étude propice à la réflexion. Le matin (in situ) a été le temps de l’immersion, consacré à une exploration sous la forme d’un relevé méthodique, systématique et exhaustif de l’état construit. Plans détaillés, coupes narratives, perspectives « épuisent » l’espace. Ils ont donc été l’occasion de partager avec les habitants ce temps du dessin et les dessins eux-mêmes. La temporalité même de l’exécution des dessins a invité les étudiants à ressentir les lieux, à vivre une nouvelle temporalité de voyage, à construire des relations fortes et apaisées avec les habitants et à saisir l’opportunité de développer un regard anthropologique précis. L’après-midi (ex situ) a été le temps de « la mise à distance ». Il s’est déroulé à l’école d’architecture de Dakar. Il a été consacré au classement, à l’analyse et à la synthèse des documents et informations recueillis. L’enjeu a été de commencer à dégager des problématiques : sociétales, urbaines, géographiques, historiques, climatiques, puis d’identifier les ressources locales pour agir, amorcer des pistes de conception et enfin apprendre à rendre compte des travaux réalisés. Le rôle de cet échange n’a pas été de favoriser une attitude à priori mais bien de démasquer les attitudes conventionnelles et de permettre aux étudiants de découvrir de nouvelles ressources pour concevoir. Cette expérience de la confrontation à une altérité immédiate et surgissante les a invités à prendre position, à fonder leur engagement. Voyager, c’est ouvrir cet espace des possibles.

 

In choosing the shanty town of Taïba, the Peterson market at the heart of the Grand Dakar, the partnership  between ENSAV and Dakar school of architecture offers an actual site; one that is socially stigmatised, architecturally basic, and insular in the city, pushing students to confront important questions:
How to partake in an ambitious project to improve living conditions in the centre of Dakar? How to create a conceptual practice that is both sensitive and operational? How to identify local resources with which to shape the city?
The main aim of this trip was for the French students to meet Senegalese ones. We wanted our student to be aware of the specific problems of an inaccessible
territory and identify the resources necessary in renewing it. An experimental protocol aimed to completely immerse the players in this foreign environment, and then help them step back from it in order to provide the context necessary for concept, analysis and design. This in-situ and ex-situ study targeted both culture and a variety of other fields.
Each study day was divided into two phases. The morning was reserved for immersion, an in-situ exploration in the shape of a methodical, systematic and exhaustive survey of the existing buildings. Detailed plans, sections, perspectives covered every aspect of the space. They were an opportunity to renew contact with the inhabitants every day, sharing drawing time and the drawings themselves. The student spent these mornings getting a feel of the place, moving unhurriedly and taking time to encounter new people.
In the afternoon the students were pulled off site. In the Dakar school of architecture, they undertook
analysis, identification, and summaries of documents created and information gathered. The challenge was
to immediately identify specific problems: social, urban, geographic, historic, climatic. Then research the local resources needed to act on them, begin concept studies and finally give these works a shape.
The aim of this exchange was not to promote preconceived ideas but to allow the students to discover new design tools. This experience in which they were confronted with an immediate and heaving otherness invited them to take a stand, develop their own initiatives. To travel is to open oneself to new possibilities.

 

 

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