021. Sagesse, malice et rire clair

auteur : Ingrid Taillandier

On ne vient pas par hasard à l’enseignement. Des rencontres intenses avec des enseignants hors normes m’ont guidée dans cette voie, comme Edith Girard qui vient de nous quitter, Jean-Louis Cohen, Kenneth Frampton, Steven Holl ou Joan Ockman dont j’ai été l’assistante à Columbia University.
C’est précisément à New York, étudiante en master que j’ai compris les différences fondamentales entre deux manières d’enseigner : une approche rigoureuse, très guidée en France et une autre vision de l’enseignement, beaucoup plus libre, plus intuitive aux Etats-Unis.
Versailles me semble le lieu idéal pour enseigner en conciliant ces deux approches.
Je vois les étudiants tels des pionniers du nouveau monde, férus de liberté qui, par leur fougue et leur exaltation, peuvent inventer une architecture sensible pour un public aussi varié qu’exigeant.
Je citerai Virginia Woolf, dont j’admire la grande sensibilité et la justesse d’analyse, et inciterai à
« suivre son propre instinct, user de sa propre raison, en arriver à ses propres conclusions » car « ce qui compte c’est se libérer soi-même, découvrir ses propres dimensions, refuser les entraves ».
Cependant, cette liberté que j’encourage à rechercher n’a de sens que si elle s’appuie sur une culture solide de notre discipline, de l’histoire, des enjeux du monde moderne et contemporain. Cette liberté ne s’acquiert en réalité que dans le cadre d’une rigueur assumée, de concepts maîtrisés et d’une éthique sociale forte.
Mon enseignement cherche à donner les clés et les outils pour que l’étudiant acquière une autonomie projectuelle, à développer chez lui un véritable sens critique, à saisir la responsabilité sociale de notre métier, à encourager la curiosité…
En tant qu’enseignante, j’aimerais faire entendre l’accent d’une sagesse, non dépourvue de malice, accompagnée souvent d’un rire clair…

 

One doesn’t just happen to teach. Intense encounters with exceptional professors guided me down this path, like Edith Girard who has just left, Jean-Louis Cohen, Kenneth Frampton, Steven Holl and Joan Ockman who I assisted at Columbia University. It is actually when I was a masters student in New York that I understood the fundamental differences between two teaching
approaches: a rigorous, strict approach in France and another freer, more intuitive one in the US.
Versailles seemed a perfect place to mix of the two teaching methods.I see students as pioneers of the new world, bent on freedom and who, with energy and
attitude, can invent sensitive architecture for a wide and demanding public.
I quote Virginia Woolf, whose sensitivity and accurate analysis I admire, and invite students
« to take no advice, to follow your own instincts, to use your own reason, to come to your own conclusions.  » because  » The thing is to free one’s self: to let it find its dimensions, not be impeded. »
However this freedom that I encourage them to seek means nothing without culture and knowledge of our field, of history, of the challenges of the modern and contemporary world.
This freedom can only be found with controlled rigour, mastered concepts, and a strong social
ethic. My teaching gives the tools necessary for the student to develop design autonomy, critical
sense, to understand the social responsibility of our work, to encourage curiosity…
As a teacher, I would like to emphasise wisdom with a hint of mischief and a light-hearted laugh.

 

 

pio