019. Ruptures perceptives

auteur : Jean-François Coulais

Il n’existe aujourd’hui plus un seul lieu de l’étendue terrestre qui ne soit relevé, numérisé, cartographié, visualisé, planifié, simulé. L’avalanche d’images résultant de ce regard omniscient, précis et exhaustif appelle paradoxalement un œil plus sélectif. Elle exige de l’architecte une capacité de discernement plus fine dans le relevé et la lecture du site, une démarche plus personnelle dans l’expression du projet. De l’habitat au territoire, l’une des missions de l’architecture est de concevoir l’environnement, au sens large, dans lequel nous vivons. A ce titre, elle doit constamment inventer de nouveaux modes de représentation de cet environnement et formuler des réponses à l’évolution des techniques et des regards, que d’autres disciplines utiliseront ensuite.
Parce qu’elles bouleversent notre culture visuelle, les technologies numériques entraînent des ruptures perceptives et nous placent aujourd’hui dans une situation de seuil. Entre un nuage de points en 3D issu d’un relevé obtenu à partir de 2500 captures photogrammétriques aériennes, une maquette géographique hybride, à la fois physique et numérique, du Grand Parc de Versailles et un relevé de terrain, réalisé par les étudiants de l’école à l’issue d’un arpentage méticuleux des rues de la plaine Saint-Denis, qu’y a-t-il de commun ? C’est précisément un travail de réflexion et d’expression sur les modes de représentation de l’espace que nous proposons, avec les enseignants de projet urbain, aux étudiants de 2e année, à travers cet exercice de lecture-écriture.

 

There is no place on Earth that has not been surveyed, numbered, mapped out, visualised, planned,
and modelled. This omniscient, precise, and exhaustive view creates an avalanche of images which
paradoxically demand that we be more selective. It requires the architect to be more astute in reading
surveys and sites, to have a more personal approach to project design. From housing to territory, one of the goals of architecture is to design the environment in which we live. In this respect, we must invent new ways of representing the environment and formulate responses to the evolution of techniques and views, to be used in other fields.
Digital technology has completely changed our visual culture, leading to perceptive rupture that leaves us caught between two worlds. What are the similarities between a cloud of 3d points created from 2500 photogrammetric aerial views, a hybrid physical and digital geographic model of the Grand Parc de Versailles, and a student survey of the streets of the Plaine Saint-Denis? Working with the planning professors, we send second year students to read and write the city in order to propose a new way of approaching and representing space.

 

 

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