018. Rock the Casbah

auteur : Florian Hertweck

Casablanca est une leçon d’architecture. Les expérimentations des architectes français d’une fraiche modernité montrent que celle-ci, souvent accusée d’être anti-urbaine, était compatible avec le tissu urbain néo-haussmannien et même capable de produire de l’urbanité. Expression d’une joie quasi excessive de concevoir des nouvelles formes à toutes les échelles, ces architectures s’articulent dans un langage résolument moderniste, tout en engageant un dialogue avec le trottoir ou la place publique. Loin d’un rapport abstrait de l’objet architectural avec le sol tel que l’a propagé la Charte d’Athènes, elles sont enracinées et intègrent en leur rez-de-chaussée une diversité d’activités. Ces architectures représentent des machines hybrides proche de la lobotomie koolhaasienne. Un garage de voiture peut être abrité par un marché et muni dans son épaisseur de logements ; un bâtiment de logement de la longueur d’un îlot peut intégrer un cinéma ou accueillir au rez-de-chaussée de boutiques. Les héros de cette aventure sont Francis Boyer, Jean-François Zevaco et leurs amis, qui étaient aussi bien détachés des dogmes modernistes que libérés de toute vision rétrograde du patrimoine. Il faut rappeler que la couleur blanche que nous associons depuis les villas corbuséennes et mieséennes avec le mouvement moderne classique brille sous cette lumière magnifique différemment qu’au nord des Alpes, et que la création d’ombre, pour laquelle des rues étroites sont propices plus que la table rase, est plus importante que la capture de la lumière qui, chez nous, a orienté l’ensemble des barres de logements. Il est intéressant de voir ce qu’est devenu aujourd’hui cet ensemble de logements de Georges Candilis, Alexis Josics et Shadrach Woods, manifeste du Team X d’une architecture qui tient compte d’un contexte social et climatique. L’ensemble des cours que les anciens collaborateurs de Le Corbusier ont voulu offrir à tous les niveaux de ces logements sociaux ont été sans exception fermées avec des parpaings. Le bel objet que nous pouvons admirer sur les photos des livres d’histoire de l’architecture a été complètement transformé par les usagers en un objet qu’on trouverait laid. Mais la dénaturation est dans la cause même du projet – les habitants se sont appropriés l’architecture au détriment de son esthétique. Learning from Casablanca veut alors dire : expérimenter la syntaxe en pensant à la ville, expérimenter l’habiter en pensant son évolution, expérimenter l’architecture sans négliger les conditions sociales et climatiques. Rock the casbah !

 

Casablanca is a lesson in architecture. The fresh modern experiments of French architects show that the city, often called anti-urban, was compatible with the neo-Haussmann urban fabric, capable of producing urbanity. Expression of an almost excessive enthusiasm to design new shapes on every scale, this architecture is organised in a resolutely modernist language while creating a dialogue with the footpath and public square. Far from an abstract relationship between the architectural object and the ground as propagated by the Athens Charter, they are rooted and contain a variety of activities on ground floor. This architecture represents hybrid machines close to Koolhaasian lobotomy. A car garage can be sheltered by a market and contain housing in the thickness of its walls; a housing block can contain
a cinema or retail.
The heroes of this adventure are Francis Boyer, Jean-François Zevaco and their friends, lovers of architecture who were detached from modernist dogmas and liberated of any retrograde vision of heritage. It must be noted that the white colour that we associate with Le Corbusier and Mies and the modern classic movement shines differently in this magnificent light than it does north of the Alps; and creating shade, more efficient with narrow streets than with bare ground, is more important than capturing light which, for us, governs the orientation of housing. As the Kasbah fed the imagination of historic avant-gardes, the modern orthodox movement was buried in this city. It is interesting today to see what has become of the housing project by Georges Candilis, Alexis Josics and ShadrachWoods, a Team X manifesto of architecture respectful of its social and climatic context. The courtyards that Le Corbusier’s old collaborators placed on every level of this council housing have, without exception, been enclosed with block work.
The beautiful object that we admire on photos in architecture history books has been completely transformed by users into an object we would probably find ugly. But denaturation is the cause of the project – the inhabitants took ownership of the architecture at the expense of its aesthetic. Learning from Casablanca means: experimenting syntax when thinking the city, experiment housing by thinking of its evolution, experiment architecture without neglecting social and climatic conditions. Rock the Kasbah!

 

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