017. Réconcilier le réel et l’imaginaire

auteur : Guillaume Ramillien

« Faire, et en faisant se faire et n’être rien que ce qu’on fait. » L’Etre et le Néant. Jean-Paul Sartre.

Quand j’ai rejoint Versailles, j’ai pris l’engagement de participer au rapprochement entre champs de projet et de représentation. Dans ma propre pratique comme avec les étudiants, je l’aborde depuis comme une forme de réconciliation entre le réel et l’imaginaire. Tandis que la Modernité travaillait à l’avènement du « monde nouveau », la Post-Modernité a dû faire face à la déliquescence des idéologies. Par réaction sans doute, elle a souvent préféré se réfugier dans le champ de la rhétorique plutôt que d’avoir à se confronter à un réel qui lui résistait. Les limites entre l’objet architectural et sa représentation sont devenues diffuses. Certains considérant parfois la seconde comme fin du premier, ou même encore l’architecture comme une forme de représentation. J’aime à croire qu’il s’agit là du passé, qu’une nouvelle génération est née, réconciliée avec l’être, l’ici et maintenant. Réconciliée par là même avec la représentation. Diamétralement opposées, elles sont pourtant étroitement liées puisque apprendre à concevoir l’architecture, c’est d’abord apprendre à convoquer un futur réel, et donc à se doter d’outils — de modes de représentation — pour précéder sa manifestation.
Dessiner
Se saisir d’un lieu, des conditions initiales de son acte, et du même trait pouvoir en convoquer les conséquences. Plus sélectif que tout autre medium, il réduit aux traits essentiels — avec la puissance du manifeste — en même temps qu’il ménage du flou. Il est une littérature spatialisée. Dessiner c’est aussi un temps, une expérience phénoménologique intense, et un plaisir ; qui préparent ceux du futur édifice.
Construire
Tout comme son objet architectural, la maquette est au monde, construite, mise en œuvre de matières déterminant un espace-temps singulier. Construire une maquette, c’est faire exister dans le réel un objet doué de sa vie propre, incapable de mentir ou de tricher, immédiat. Impraticable, elle se distingue de son objet. Par la miniaturisation et la simplification, elle a le même pouvoir évocateur que le dessin. Et pour son concepteur, elle est une compagne fidèle et lucide à travers le temps impérieux de la fabrication du projet. Matière soumise à la main et au temps, vivants et altérables, le dessin et la maquette sont, comme les édifices, réceptacles d’histoires et de charges affectives. D’histoires à partager, à enseigner.

 

“To make, and in making to make oneself and to be nothing but what we make.” Being and Nothingness, Jean-Paul Sartre

When I started teaching at Versailles, I agreed to assist with bringing project design and representation, closer together. In my own practice as with students, I approach this as a kind of reconciliation between real and imaginary. Modernity worked on a “new world”, leaving post-modernity to deal with declining ideologies. In reaction to this, it often had to hide behind rhetoric rather than have to confront a reality that resisted it. The limits between architectural object and its representation are not clear. Some consider the second as an end to the first, or architecture as a form of representation. I like to believe that this is the past, that a new generation is born, reconciled with the being, here and now. Reconciled at the same time with representation; each thing in its place.
Representation means absence whereas architecture is presence. Diametrically opposed, they are intimately linked since learning to design architecture is first to learn to summon a real future, and therefore to arm oneself with tools –methods of representation – to
imagine it.
Drawing
To seize a place, the initial conditions of its activity, and in the same line summon the consequences.
The before and the after; hand drawing is blessed by its own magic. More selective than any other medium, it reduces things to essential lines while leaving others
to the imagination of the receiver. It is spatial literature. To draw is also a moment, an intense
phenomenological experience, and a pleasure; that prepare those of the future building.
To build
Like its architectural object, the model exists, is built, an arrangement of materials that determines a
singular space-time. To build a model is to make an object exist in reality, an object with its own life,
incapable of lying or cheating. Impassable, it is different from its object. By miniaturisation and simplification, it has the same evocative power as drawing. And to the designer, it is a loyal and lucid companion through the imperious making of a project. Subject to the hand and to time, living and alterable, drawings and models are, like buildings, receivers of history and affective charges. Stories to share, to teach.

 

Guillaume_Ramillien_P31_CONSTRUIRE_2014_JulietteLefrançois

Guillaume_Ramillien_P31_DESSINER_2014_VictorMarqué