013. Lire, écrire, représenter la ville

auteur : Jean-François Coulais

Ces exemples illustrent tous : un œil sélectif, l’acuité d’un regard, une capacité de discernement non conventionnelle, un potentiel d’observation et de description, un travail sélectif de lecture du bâti et de son environnement. Ils invitent à une compréhension assez fine de l’espace avant de le transformer. En préparant un travail d’écriture créatif, ils constituent une réponse précise à nos aveuglements perceptifs face au déferlement des images numériques.
Au sens strict du terme, la représentation est née lorsque l’image s’est substituée à la mémoire et au geste qui accompagnaient l’expérience tactile du lieu. Est-ce un hasard si c’est un seul et même personnage (Filippo Brunelleschi) qui, s’affranchissant des méthodes et des corporatismes des bâtisseurs médiévaux dans les années 1420, inventait le principe de la représentation en perspective linéaire, préfigurait le projet d’architecture moderne et posait dans un même mouvement les bases du statut de l’architecte tel que nous le connaissons aujourd’hui ? « Les images ne doivent pas se substituer aux choses, mais montrer comment elles s’ouvrent, et comment nous entrons dedans. Leur tâche est délicate », écrivait Jaccottet. Au seuil d’un monde de flux numériques, dans son dessein d’écriture de la ville du XXIe siècle, la génération des digital native architects est confrontée à un tel défi. C’est sans doute avec un œil plus attentif aux perceptions sensorielles et par le détour d’une hybridation de l’outil numérique et du dessin à la main qu’ils le relèveront, dans tous les sens du terme.

 

These examples all illustrate: a selective view, a keen eye, an unconventional capacity of discernment, potential for observation and description, selective analysis of buildings and their environment. They
lead to a comprehensive understanding of space before its transformation. In preparing creative writing work, they form a precise response to our perceptive blindness in the face of never-ending flow of digital images. In the strictest sense, representation occurs when the image replaces the memory or gesture that went with the tactile experience of the place. It is not by chance that the same person (Filippo Brunelleschi), ignoring medieval building methods and corporatism in the 1420s, invented the principle of linear perspective representation, prefigured modern architecture, and thus in the same movement defined the status of architects as we know it. Jaccottet wrote:“Images must not replace things, but show how they work, and how we enter. Their mission is a delicate one.” On the cusp of a digital world, this is the challenge that the generation of native digital architects face in imagining the city of the 21st century. They will no doubt design it with a keener eye and through hybrid renders of hand sketches and digital tools.

 

02_illustration_Yearbook_écriture