007. Corps, Maison, Cosmos

auteur : Leo Legendre

L’espace n’est pas seulement un cadre de référence, un support d’usages, il est aussi une projection de la société, de ses codes et de ses desseins. Pour toute société, « vivre un espace », c’est le construire, se l’approprier, le reproduire ou le modifier. C’est aussi en apprendre les possibilités, les règles et les enjeux. Dès lors, étudier l’articulation entre espace construit, espace vécu et espace représenté révèle les relations entre configuration spatiale et organisation sociale. Cette année, nous nous sommes intéressés aux usages et aux représentations du corps et de l’espace domestique, puis nous avons tenté d’analyser les rapports que ceux-ci pouvaient entretenir avec les croyances, les mythes et les rites de quelques sociétés différentes de la nôtre. Car si chaque homme possède un corps au sens anatomique ou physiologique, il n’est pas réduit à cela. Le corps est aussi un rapport à l’autre, un miroir, un outil de communication et de relations sociales : le corps de l’homme est relation au monde. Pour de nombreux groupes, corps et maison partagent une anatomie, une identité et une histoire communes. La maison est une frontière entre les vivants et les ancêtres, entre vie sociale et chaos. L’origine du Monde, de l’Homme, le mystère de la naissance ou de la mort, les phénomènes naturels, les plantes, les animaux, sont au cœur des croyances et des pratiques religieuses de toutes les sociétés. Pour beaucoup de groupes humains, les mythes, les rites, les danses ou les arts permettent de qualifier leur rapport au Monde. Construire une maison, c’est en quelque sorte reconstruire le Monde, en y intégrant des symboles ou des éléments du mythe. Nous avons été attentifs à l’orientation, des corps, des maisons, des villages ou du territoire, aux limites, réelles ou symboliques, permanentes ou occasionnelles, entre nature et société, entre individu et groupe social, entre domesticité et sphère publique, et à la fondation : fonder, c’est tracer les limites et qualifier l’espace, le centrer. C’est aussi renvoyer à la création du  monde, nécessitant des rites particuliers pour apaiser les esprits, honorer les divinités, mettre en relation les vivants et les ancêtres ou incorporer, comme un nouveau-né, la maison à l’espace social. Chaque étudiant s’est attaché à une société particulière dont il a étudié l’espace domestique, la mythologie et les rituels, puis il a rédigé un petit mémoire en recourant au maximum au dessin. Sont présentées ici quelques-unes des escales de ce voyage.

 

Space is not only a reference, a support for uses, but also a projection of society, its codes and goals.
For every society, “to live a space” is to build it, own it, reproduce it, modify it. It is also to learn its potential, rules and challenges. From there, to study the articulation between built space, inhabited space and represented space, reveals the relationships between spatial configuration and social organisation.
This year, we focused on uses and representations of the body and domestic space, then attempted to
analyse how they relate to beliefs, myths and rites in several different societies. For though every man owns a body in the anatomical or physiological sense, we should not reduce it to that. The body is also one’s relationship to other people, a mirror, a communications and public relations tool: man’s body is relationship to the world. For many groups, body and home share a common anatomy, identity and communal history. The house is a border between living and ancestors, social life and chaos.
The creation of the world, of Man, the mystery of birth or death, natural phenomena, plants, animals,
are all at the heart of beliefs and religious practices in every society. For many human groups, myths,
rites, dances or arts qualify their relationship to the World. To build a house is in some way to rebuild the World, by integrating symbols or mythical elements.
We were attentive to orientation, body, house, village, territory, to limits, real or symbolic, permanent or temporary, between nature and society, between individual and social group, between domesticity and public sphere, and to foundation: the base is tracing limits and qualifying space, centring it. It is also a way back to the creation of the World, needing particular rites to appease the spirits, honour divinities, connect the living with their ancestors, or, like a newborn, to incorporate the house to social space.
Each student studied a different people, its domestic space, mythology and rituals, then wrote a small thesis through as much illustration as possible. Several of these journeys are presented here.

 

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