181. Le Songe d’Ulugh Beg

enseignants : Cédric Libert, Elias Guénoun
étudiantes : Margot Fisher, Laure Humbert
// Master

Cet espace, jusqu’ici caché, s’apparentait à une scène, déserte. Au premier plan, un piédestal s’érigeait en son centre. Ce piédestal ne supportait aucune statue, aucune construction, son sommet était vide. Devant ce piédestal, dans mon esprit défilèrent naturellement toutes les figures autour desquelles Tachkent s’était construite. Celui-ci demeurait vide comme en attente d’un modèle, en quête d’une nouvelle identité. En second plan, l’un des murs se constituait d’une série d’arcades. Celles-ci, de différentes profondeurs, donnaient sur des murs aveugles, qui étaient autant de portes bouchées, d’univers condamnés. Seule la dernière arcade, au fond, s’ouvrait enfin, sur un dédale de pièces, à moitié en ruine, contenant l’âme de la ville. L’esplanade inaccessible reposait sur cette forêt de colonnes, au cœur de laquelle je m’étais trouvée auparavant. Je comprenais que la source de lumière jaillissait en fait du piédestal creux. Depuis cet immense escalier où je me tenais, je découvris l’entrée d’une salle, enterrée sous l’escalier. Ce lieu, enfoui dans la terre de Tachkent, avait les dimensions d’un mausolée, mais aucun corps n’y reposait. Il n’y avait que moi, en son centre, hors Tachkent en Tachkent. Dans cet espace immobile, que le temps ne semblait pas pouvoir atteindre, et qui paraissait avoir toujours existé.

This space, which until now remained hidden, was like a deserted stage. In the foreground, a central pedestal. This pedestal was not the base for a statue or a building, its summit was empty. In front of this pedestal, my mind ran through all of the founding elements on which Tashkent was built. It remained empty, waiting for a model, searching for a new identity. In one of the walls behind it was a series of archways of differing depth. They gave on to blank walls, like closed doors, condemned worlds. Only the last arch at the end opened onto a labyrinth of rooms, half in ruin, containing the city’s soul. The inaccessible esplanade rested on this forest of columns, at the heart of which I’d found myself before. I understand that the light was actually coming from the hollow pedestal. From the grand staircase where I stood, I could see the entrance to the hall buried under the stairs. This place, under Tashkent, had the proportions of a mausoleum, but no corpse lay there. There was only me, in its centre, outside Tashkent in Tashkent. In this motionless space that seemed untouched by time, which seemed to have existed forever.

66a

 

66b

66c